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    [BIFFF 2026 Jour 13] Des films a-serbes et un film de zombies sans zombies

    Une personne vous manque et tout est dépeuplé. Mais les films d’hier au BIFFF ont prouvé qu’ils pouvaient exister sans un élément considéré comme normalement primordial pour leurs survies. Entre un documentaire tourné sans jeunes, une film serbe tourné sans scénario, une réalisation japonaise sans idée et un film de zombies sans zombie, on est clairement dans une nouvelle forme du comique de répétition.

    Silver Screamers : Et si le BIFFF était une maison de retraite ?

    Au BIFFF, il y a les films touchants et les films qui vous touchent. Vous ne voyez pas la différence ? C’est simple. Silver Screamers, c’est un film touchant. On y suit le tournage d’un film d’horreur par des septuagénaires ou octogénaires en maison de retraite et tous s’impliquent selon leurs hobbys ou leurs qualités sur des tâches bien spécifiques du tournage. Une très belle tranche d’humanité. C’est un film touchant. Serbian Film par contre, c’est un film qui te touche. À des endroits où tu n’as pas envie d’être touché. Violemment. Et avec un pénis de cheval découpé à la tronçonneuse. Voilà, vous comprenez la nuance maintenant ?

    Silver Screamers, c’est donc un documentaire qui nous plonge dans ce que la vieillesse peut faire de mieux. Beaucoup de temps, une envie de découvrir de nouvelles choses, la faculté d’encore s’amuser à cet âge et l’expérience accumulée sur toute une vie. Bien sûr, on se concentre sur le côté positif et on omet l’incontinence, l’haleine qui pue, la troisième fois qu’on oublie de changer de slip sur cette semaine et les journées passées dans un cycle sombre et sans fin. Et ça, ça pourrait aussi très bien décrire le BIFFF. Et ça nous a fait réfléchir. Le BIFFF, c’est un peu une maison de retraite pour weirdos. Non non, arrêtez de protester, on s’inclut volontiers dans les weirdos. Et dans cette grande maison de retraite/asile pour aliénés dangereux, les rôles sont d’ores et déjà bien définis.

    Stéphane bien sûr présente le bingo tous les jours. C’est avec toute la puissance de son organe qu’il claironne que le numéro gagnant est le 15 et que la couleur est le bleu. Oui oui, j’ai jamais joué au bingo. Jonathan, c’est le médecin en chef. Celui qui va savoir quoi nous prescrire, comment nous calmer et, si besoin, nous assommer pour nous faire dormir pendant deux bonnes heures. Avec un film japonais à 00h30 par exemple. Toujours efficace. Tom Pouce et les autres anciens du festival, ce sont les pensionnaires qui sont là depuis tellement longtemps qu’ils font partie des meubles. Ils gueulent des trucs absurdes, font des blagues de pet et souillent régulièrement leurs couches mais on leur pardonne volontiers parce qu’ils racontent des chouettes histoires. Et puis, les infirmières sont là pour s’occuper d’eux. Ces infirmières, ce sont les stagiaires du BIFFF et les bénévoles. Toujours souriant.e.s, prêt.e.s à donner un coup de main ou juste à répondre à une question, elles sont le petit soleil de toutes nos journées de noirceur. Et puis, il y a le vétéran de la guerre du Pacifique posé dans un coin avec sa chope et sa bière, c’est Loïc. Il bougonne qu’avant c’était mieux, que Gaua il était pas si incroyable que ça, qu’heureusement qu’il y avait une orgie à la fin et dès qu’il y a un film japonais, il menace de se barrer. Jamais très éloigné de lui, occupé à draguer les nouvelles jeunes de 65 ans de la maison de retraite, on a Matthieu. Il rit beaucoup, arrive souvent en retard mais on lui pardonne tout parce que c’est le seul qui arrive à détendre Loïc. Et puis, c’est un bon compagnon ! Il n’est pas très gracieux mais il est fûté et renifle bien les pistes. Elle est nouvelle dans la maison de retraite mais elle s’est directement bien acclimatée, c’est Orlyna. Si au début, elle s’est demandée dans quel merdier elle était tombée, elle a vite apporté sa touche à cette folie généralisée et son sourire est communicatif. Elle, c’est la mamy qui vient offrir une friandise à tous les gosses qui viennent à la maison de retraite pour voir leurs grands-parents.

    Bref, si c’est ça la vieillesse, j’ai déjà hâte de devenir dément avec vous et de pouvoir continuer à hurler des insanités jusqu’à ce que mort s’ensuive. Eh merde, c’est la BIFFFstalgie qui commence. O.Eg.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : alzheimer.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : alzheimer.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : alzheimer.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : alzheimer.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : alzheimer.

    Sister: Bleed It Out for Lee-Kim-Park !

    En cette fin d’après-midi printanière, direction à nouveau la même salle pour voir Sister, un thriller qui nous fait le coup du Coréen ! Alors oui, je vous entends dire en lisant ceci : « ouais, mais faut arrêter de dire que tous les asiatiques se ressemblent, c’est limite raciste » et vous avez entièrement raison ! Par contre, dire que Sister est le remake de The Disappearance of Alice Creed, autrement dit son plus ou moins copier-coller made in South Korea, c’est une réalité. Du déjà-vu donc ? Mooohhh noooooonnnn…

    L’histoire, c’est celle de deux malfrats qui kidnappent So-jin, la fille d’un homme riche. Déjà, ça, c’est super innovant, je n’ai personnellement jamais vu ça, sauf dans The Disappearance of Alice Creed évidemment, ou La Rançon, ou Man on Fire, ou Taken. So-jin qui va être séquestrée par une femme et un homme dont les desseins ne semblent pas les mêmes. SPOILER ALERT : la ravisseuse va même compatir et aider la kidnappée qui, au passage, ne lui rend pas très bien. Elles vont même devenir copines. Et ce genre de voie narrative, je pense que c’est une première au cinéma, à part dans The Disappearance of Alice Creed bien entendu, ou Bound, ou Killing Eve, ou dans Bel Canto. La suite de l’histoire nous entraine dans une lutte où, dans ce kidnapping pétri de mensonges, l’homme pourrait bien être la farce du dindon, girl power oblige. Et ce type de retournement de situation constitue selon moi une dynamique totalement inédite dans le Septième Art… sauf dans The Disappearance of Alice Creed, ou Savages, ou Double Jeu,…

    Bref, dans ce thriller résolument novateur, notre duo de Thelma & Louise distribue les coups et en reçoit avec une résistance impressionnante. Franchement, elles encaissent mieux que mes vieux Crash Test Dummies que j’envoyais s’écraser contre le plâtra du salon, avant que mon père ne m’envoie moi-même tester la résistance de la table en vol plané (oui, parce qu’on se battait comme dans les saloons chez nous, en chiquant du tabac !).

    Grâce à ce film, j’ai également compris la raison pour laquelle on appelait la Corée : « Le pays du matin calme ». Car la nuit, c’est Banlieue 13 ce pays, mais au lever du soleil, hop, tout le monde retourne au boulot comme si de rien n’était, même avec un pieu dans l’abdomen. M.M.

    Animal attrapé pour le BIFFFodex : la souris de Teruhiko Wakayama. C’est une souris qui a été clonée, puis ils ont cloné son clone, … 58 fois de suite !

    We Bury the Dead: un film qui fait grincer des dents

    Pour ma part, les films de zombies, c’est un peu mon rare péché mignon dans les films de genre et je suis toujours plutôt impatient d’en découvrir un nouveau, surtout au BIFFF. Je me rappelle des séances dingues avec des zombimédies comme Juan of the Dead, Goal of the Dead, les deux Dead SnowLes Zombies font du ski ou encore Little Monsters. Malheureusement, ces dernières années, on n’est pas gâté à ce niveau-là (hormis peut-être MexZombies en 2022 ?) et c’est dire que chaque film de zombie est attendu. Mais autant le dire tout de suite, ce n’est pas encore cette fois-ci qu’on va s’éclater à chaque dégommage de têtes infectées, We Bury the Dead n’est pas de ce genre-là, contrairement à ce que pourrait faire penser la bande-annonce. L’axe principal du film est la quête d’Ava (joué par Daisy Ridley, qui fait moins la maligne quand elle n’a pas la force avec elle) qui veut retrouver son mari, parti en séminaire de travail sur l’île de Tasmanie. Mais pour cela, elle doit se porter volontaire pour aider à nettoyer les zones sécurisées et espérer à un moment pouvoir partir dans le sud de l’île afin de le retrouver. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? A priori, un président américain foireux et qui a oublié que la Tasmanie était un territoire australien, a appuyé sur un mauvais bouton et une arme secrète à fait des ravages sur les cerveaux. Certains se sont éteints mais certains semblent se réveiller. 

    Si on met de côté, l’envie de sang d’un public lambda du BIFFF, il faut peut-être s’arrêter un peu sur ce film. Certes, il manque d’action et n’est pas très généreux, préférant l’introspection au détriment de la baston, mais il a aussi ses qualités. La mise en place plutôt réaliste de l’après-infection est plutôt intéressante. Le parti-pris d’une autre forme de zombie est toujours louable et leurs apparitions sporadiques les rendent peut-être encore plus effrayants et on retiendra aussi longtemps, leurs grincements de dents (j’en souffre encore en écrivant ces lignes). Alors, oui, les flashbacks sur l’histoire d’amour de l’héroïne pour appuyer son deuil sont souvent de trop, comme certaines scènes trop lentes ou encore le trop peu de zombies à l’écran : ce n’était pas ce que le public insatiable du BIFFF attendait ! Dans l’équipe aussi c’est partagé : Matthieu et moi sommes sortis plutôt intéressés par la proposition alors qu’Olivier et Orlyna sont sortis fâchés. Mais il faut peut-être lui laisser une seconde chance, tout n’est pas à jeter dans le film de Zach Hilditch. Sinon, consultez ma liste des 20 zombimédies à (re)découvrir (y a pas de raison de ne pas se faire un peu de pub personnelle). L.S.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : les deux petits poissons rouges morts dans un aquarium ?

    Karmadonna : film un peu trop a-serbe

    On ne va pas vous mentir, on avait peur. Et on avait des raisons d’avoir peur. Parce que Karmadonna, c’est le premier film d’un certain Aleksandar Radivojević. Le scénariste de cette purge horrible qu’est Serbian Film. Alors, autant vous prévenir tout de suite, s’il y a bien un sujet sur lequel tout le Suricate est d’accord, c’est Serbian Film. C’est de la merde. Un pamphlet horrifique répugnant sorti tout droit de l’esprit dérangé d’un sociopathe en puissance qui n’avait d’autre but que de se faire de la publicité en réalisant le film le plus horrible jamais réalisé. Le tout derrière des pseudos revendications politiques à deux balles qui servent de cache misère à la nullité de son film. Du coup, quand on vu que Karmadonna était réalisé par cet esprit dérangé d’un sociopathe en puissance, on n’était pas serein.

    Trêve de préliminaires, autant vous prévenir tout de suite, Karmadonna n’atteint même pas un centième de la violence de Serbian Film. Vous pouvez donc le voir tranquillement, ce n’est pas le film qui va vous faire changer d’avis sur l’humanité. Et sur la Serbie non plus. Bah oui, vous avez quelle image de la Serbie vous ? Moi perso, si j’en crois les films que j’ai vus, en Serbie les gens sont pas contents, se foutent sur la gueule à la moindre occasion, sont alcooliques, corrompus, ont les mêmes coupes de cheveux qu’à Charleroi et il fait presque tout le temps nuit. Voilà. Ça c’est l’image véhiculée par les films serbes. Et ce n’est pas Karmadonna qui va changer la donne puisqu’il plonge à deux pieds dans les mêmes clichés. Mais cette fois, c’est une femme enceinte qui va être contactée par Bouddha, rien que ça, qui va l’obliger à tuer des gens pour qu’il la laisse survivre elle et son fils à naître. Ah oui, je vous avais dit qu’ils sont aussi tous sadiques en Serbie ? Honnêtement, à la lecture du synopsis, on était curieux de voir ce que Radivojević allait faire avec cette idée simple mais qui avait le mérite de piquer notre intérêt. Le début de Karmadonna nous permet de poursuivre quelque peu cet intérêt légèrement malsain jusqu’à ce qu’on se rende compte assez vite qu’en fait, le boug nous a refait une Serbian Film. Un défouloir acerbe (a-serbe, vous l’avez ?) de violence gratuite avec une morale pseudo philosophique du Lidl placée bien en évidence pour cacher le vide scénaristique total de ses films. Le métier du gars, c’est écrire des scénarios. Et tout ce qu’il sait nous chier, c’est « les humains sont tous des merdes ». Bravoooooooo ! Donnez-lui un Oscar ! On a plutôt l’impression que Radivojević suinte la frustration scénaristique de toutes les pores de son film et tente de faire passer cela pour de la profondeur d’écriture. Le tout enrobé de belles images. Parce que si c’est un acte horrible mais que l’image est belle, ça montre le contraste entre la beauté et l’horreur de la vie et que dans toute horreur, il y a de la beauté, non ? EH BEN NON ! C’EST DE LA MERDE ! O.Eg.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un bousier. Pour toute l’œuvre de Radivojević.

    Incomplete Chairs : ASSIS !!!

    Incomplete Chairs, c’est l’histoire d’un Patrick Bateman japonais qui bute des gens et utilise leurs os, leur peau et leurs organes pour construire une super chaise design. Voilà. Rien d’autre à ajouter. Ne me regardez pas comme ça, je vous assure que c’est tout ce que le film a à offrir. Ah non, il y a une chouette bande son avec nos amis belges de Pornographie Exclusive. Pour le reste, Incomplete Chairs c’est la preuve que quand tu réalises six films sur une année, tu te retrouves avec des réalisations sans aucune idée à l’intérieur. Ironique, pour quelqu’un qui veut dénoncer l’élitisme culturel et le productivisme, d’être la plus parfaite illustration de la vacuité produite par ce même productivisme.O.Eg.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : le chat de mon ex Cindy qui s’assied comme un humain.

    Olivier Eggermont, Matthieu Matthys et Loïc Smars

    Olivier Eggermont
    Olivier Eggermont
    Journaliste du Suricate Magazine

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