[Avignon OFF 2021] Chaplin 1939 à l’Espace Roseau Teinturiers : « Je vais me payer Hitler ! »

Ecrit et mis en scène par Cliff Paillé, interprété par Romain AK, Swan Starosta, Alexandre Cattez. A l’Espace Roseau Teinturiers à 14h25 du 6 au 31 juillet (relâches les 12, 19, 26 juillet)

Mélanger cinéma et théâtre peut être un défi formidable comme un concept intéressant mais qui ne fonctionne pas. Pour ne rien arranger, l’auteur Cliff Paillé s’attaque à la figure mythique de Charlie Chaplin, une figure casse-gueule à interpréter. C’est pourtant le pari que l’on a fait en se rendant à l’Espace Roseau de la rue des Teinturiers. Et bien nous en a pris.

Chaplin sort à peine du succès des Temps Modernes où il fustige le fordisme et l’exploitation des ouvriers qu’il se remet déjà au travail. Son frère vient lui rendre visite et Chaplin lui annonce « Je vais me payer Hitler ! ». Commence alors le long chemin pour accoucher du futur grand film que fut The Great Dictator qui se moquera avant tout le monde d’Hitler (avec qui il partage la même semaine de naissance, une enfance difficile, l’envie de devenir artiste et qu’il accuse d’avoir volé sa célèbre moustache !) et aidera les USA à prendre conscience du danger de ce qu’il se passait en Europe. Mais pour arriver à ce résultat, Chaplin doit convaincre son frère Sidney et sa femme Paulette Goddard qu’il ne doit pas se contenter de divertir dans ses films. Et aussi composer avec son double, Charlot, de plus en plus oppressant dans sa vie.

Pour attaquer la hauteur de son sujet, Cliff Paillé se contente d’une mise en scène sobre et maîtrisée. Le résultat fonctionne, l’histoire du chef-d’oeuvre de Chaplin en est d’autant plus passionnante. Mais aucune histoire ne serait passionnante à regarder dans les salles peu confortables d’Avignon ou d’ailleurs sans une interprétation réussie. Ça tombe bien, l’autre force du spectacle, c’est la performance de Romain AK véritablement transporté dans son interprétation (mais bien aidé par Swan Starosta et Alexandre Cattie impeccables) tour à tour brillant, malin, attachant, agaçant, ironique ou encore sarcastique de Chaplin affrontant tous les obstacles. Le tout couronné d’un monologue de fin qui termine de nous convaincre qu’on a vu une vraie bonne pièce et non un essai caricatural de jouer Chaplin au théâtre.

A propos Loïc Smars 377 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine