« La Vie en relief » et ses petits plaisirs

Titre : La Vie en relief 
Auteur : Philippe Delerm
Editions : Seuil
Date de parution : 4 février 2021
Genre : Recueil de textes

« Rencontrer par ce qu’on a écrit quelqu’un qu’on n’aurait pas rencontré avant ». Dans son dernier livre, Delerm nous ressort la formule de son succès, des textes courts poético-philosophique, qui érigent des ponts entre l’auteur et le lecteur, entre l’homme et le monde. Comme dans La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, ouvrage qui l’a fait connaître après des années d’effort, il prend le temps de décortiquer toutes ces petites choses qui font notre quotidien et dont nous ne mesurons pas toujours la portée ; le coup de sifflet de l’arbitre qui marque le début du match, l’ouverture d’un tango, les moments de flottement, le partage dominical, les balades à la campagne, les lumières de l’aube ou les fenêtres sans rideaux. Comme un magicien qui sortirait les mots de son chapeau, il dissèque sur plusieurs pages l’humidité des espadrilles en été, le relief des cèpes, le décor industriel de Courbevoie et, étonnement, on y prend du plaisir, Delerm étant dans le partage plus que dans l’égotisme.

Il n’y a pas vraiment de personnages puisque le fil de l’ouvrage se tisse dans les pensées de l’auteur mais petit à petit, on se fait une image de ce Normand d’adoption – retraité ou sur le point de l’être, enseignant, fils d’enseignants et époux d’enseignante qui aime découvrir autant qu’il aime échanger – qu’est Delerm. Et puis surtout c’est avec une grande humilité que cet écrivain relativement connu, sociologue de l’instant, se dévoile. Impossible de ne pas se laisser traverser par des émotions, souvent positives, quand le passé de Delerm rencontre son futur et que le vieil adolescent s’émeut des vacances entre amis, des rencontres amoureuses, des promenades en famille. On sourit bêtement, la larme à l’œil en se disant : « c’est feel good mais pas niais ». On regrette seulement, même s’il ne sont pas nombreux, les quelques petits excès de mots fourre-tout, comme « vie », « amour », « présent » qui parfois s’enchaînent, donnant à certains propos un petit côté « dégoulinant ».

Le style on ne peut plus imagé de l’écriture – les chapitres de Delerm souvent comparés à des photographies instantanées – nous conquit. La Vie en relief est un livre qu’on appréciera lire mais aussi relire. C’est un ouvrage court qui plaira à ceux qui ont déjà beaucoup vécu comme à ceux dont la route est encore longue, qui nous touchera dans le deuil comme dans la fortune. Et finalement c’est aussi un texte à plusieurs niveaux de lecture qu’on peut prendre le temps d’analyser ou simplement parcourir du coin de l’œil en s’imprégnant des ambiances de campagne.

A propos Cheyenne Quévy 89 Articles
Journaliste du Suricate Magazine