[Avignon OFF 2021] Tchaïka au Théâtre des Doms

De Natacha Belova, Tita Iacobelli et interprété par Tita Iacobelli. Au Théâtre des Doms à 21h du 6 au 27 juillet (relâches les 8, 15, 22 juillet)

Tchaïka est une vieille actrice en fin de carrière qui se rattache du mieux qu’elle peut à la scène. Tita Iacobelli est la marionnettiste qui l’accompagne par des murmures, des instructions, des conseils. Toutes les deux vont rejouer pour la énième fois la pièce La Mouette de Tchekhov. Mais Tchaïka ne peut plus jouer la jeune Nina amoureuse de Konstantin, elle devra se contenter du rôle d’Arkadina, la mère du jeune homme. L’âge n’aide pas sa mémoire, une chance, Tita Iacobelli reste à son oreille et continue de lui murmurer chaque scène, une à une.

Où sont les autres acteurs ? Qui jouera les autres rôles ? La marionnettiste se sert des objets qui l’entourent pour faire vivre la pièce de théâtre. Un livre, une peluche, un fauteuil. Tchaïka doit absolument jouer, elle ne peut pas fuir la scène. Et petit à petit, elle reprend goût, elle retrouve sa passion pour le théâtre et revit l’œuvre, comme ensorcelée.

Ceux qui ne connaissent pas La Mouette de Tchekhov ne seront aucunement perdus. Il suffit de se laisser guider par la marionnettiste, de se glisser dans la confidence de ses chuchotements et nous voici emporter dans la poésie de ce spectacle.

Tita Iacobelli dégage une telle prestance qu’on en est bluffés dès les premières minutes. Elle nous démontre l’immensité de son talent en faisant vivre cette vieille actrice qu’est Tchaïka, si bien qu’on se questionne de sa véracité. Elle lui donne vie par ses gestes, sa voix si particulière et ce dialogue qui marche comme un funambule sur la frontière de la folie. Qui commande l’autre ? C’est une danse poétique au milieu du texte de Tchekhov qui nous enivre et nous émerveille à la fois. La marionnette et sa manipulatrice ne font plus qu’une. Elles se jouent l’une de l’autre, elles se cherchent et se relancent continuellement.

Une pièce aussi noire que plaisante nous offrant un moment d’évasion dans un imaginaire bouleversant de beauté.

A propos Christophe Mitrugno 34 Articles
Journaliste du Suricate Magazine