Voyage au bout de la nuit : l’écriture crachée de Céline au théâtre

De Louis-Ferdinand Céline, mise en scène de Philippe Sireuil, avec Hélène Firla, crédit photo Cie FOR

Du 23 novembre au 4 décembre 2016 au Théâtre des Martyrs

Sans surprise, c’est au théâtre des martyrs que se joue la représentation, entre lecture et théâtre, de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. S’attaquer à Céline est déjà une performance en soi mais, comme si l’exercice s’était révélé trop simple, le rôle de Bardamu est ici interprété par… une femme. Qu’est-ce que ça change? Eh bien, en fait, pas grand chose. Comme nous l’avait déjà démontré Sarah Bernhardt par le passé en s’autoproclamant Hamlet ou encore ces nombreux hommes qui, dans l’histoire du théâtre, ont eu à jouer des rôles féminins, quand l’acteur est de qualité, le rôle qu’il endosse, qu’il soit masculin ou féminin, importe peu…

Hélène Firla relève donc le défi et enfile chapeau melon et costume poussiéreux d’un Bardamu défraîchi qui se penche pour une énième fois sur son passé de soldat français enrôlé dans la première guerre mondiale. Sauf que ce vieillard là, les mots qu’il prononce, couchés sur le papier 84 ans plus tôt par Céline, nous prennent directement aux tripes. L’actrice offre une très belle performance. Elle fume clope sur clope, s’exprime avec une voix très grave, oscille entre rires et pleurs émus. La magie opère. Il ne fait aucun doute que ce drôle de personnage qui se tient sur scène, assis sur un banc de pierre dans ses habits miteux, nous raconte son histoire.

L’écriture crachée de Céline se prête à merveille au jeu de l’interprétation et insuffle au récit un rythme qui varie entre logorrhée verbale et moments de silence hallucinés. L’ensemble crée une partition qui tient en haleine tout au long de la représentation.

Néanmoins, si le spectacle commence fort en nous plongeant au coeur de la guerre, il perd peu à peu en intensité en fouillant ses décombres. Il soulève des questionnements qu’il est peut être plus sensible d’approfondir à travers l’intimité de la lecture. Pour le spectateur non affranchi de cette lecture, le récit égare quelque peu. Quant à celui qui connait et apprécie l’oeuvre de Céline, nul doute qu’il aura plaisir à en découvrir une brillante et juste adaptation théâtrale.

Katelyne Marion
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Journaliste au Suricate Magazine