Lucía Etxebarria s’affirme en féministe dans « Dieu n’a pas que ça à faire »

titre : Dieu n’a pas que ça à faire
auteure : Lucía Etxebarria
édition : Héloïse d’Ormesson
sortie : 28 mars 2019
genre : roman

Lucía Etxebarria aime décortiquer les sentiments humains dans toute leur complexité. Avec son nouveau roman Dieu n’a pas que ca à faire, elle se livre à nouveau avec finesse à cet exercice sur fond de trio amoureux, en faisant une large place au poids des convenances et de la religion. Quoique bien écrit et à même de nous faire pénétrer dans l’intimité des personnages, ce roman souffre toutefois d’un manque d’intrigue et ne parvient pas à remplir toutes ses promesses.

Alexia, une femme délicate et raffinée issue de la grande bourgeoisie de Majorque, propose à David, un acteur raté, de le payer pour se rendre au chevet de sa cousine Elena, atteinte d’un cancer, pour lui redonner de l’espoir et quelques instants de bonheur avant une mort certaine. Entre jeux de séduction et non-dits, mensonges et trahisons, le huis clos se referme autour du trio, d’où chacun devra démêler le vrai du faux.

Dieu n’a pas que ça à faire est basé sur les paradoxes des rapports hommes-femmes et l’analyse du sentiment amoureux. L’auteure remonte le fil de la vie amoureuse des trois protagonistes principaux pour nous amener à comprendre les ratages et les illusions perdues.

Lucía Etxebarria a une belle plume et un talent certain pour mettre des mots sur les travers de l’âme et la difficulté de l’amour. Le lecteur se trouve à la lisière entre le roman et le livre de développement personnel, tant est poussée l’analyse psychologique du couple et des êtres. Le livre regorge d’affirmations, souvent justes et pertinentes sur la complexité et les difficultés des relations de couple. « Rester dans une relation de dépendance nuit gravement à la santé. Ce type de relation perturbe l’estime de soi et détruit la confiance en soi avec une virulence implacable. Lorsque les gens disent que leur couple les tue, ils n’exagèrent pas forcément », assène-t-elle par exemple dans ce roman qu’on peut qualifier de psychologique.

La première partie du livre apparait comme un crescendo avec la rencontre et l’apprivoisement mutuel entre Elena et David, soutenue par Alexia. Dans un second temps, l’auteur semble hésiter sur la suite à donner à cette histoire et met en avant le passé des personnages pour éclairer leur présent. La petite voix qui décriptait les relations avec finesse s’efface progressivement au profit des personnages et de leur dialogue. La dernière partie de l’histoire renferme un miracle et le livre se clot sur un trop bref message final d’émancipation et de liberté d’etre soi. Les lecteurs les plus romantiques refermeront le livre avec un sentiment de promesse decue, comme si l’amour était impossible et l’analyse de cet état de choses insuffisamment menée à son terme. On aurait egalement aimé en savoir un peu plus sur la sororité qui unit les deux protagonistes féminines.

L’autre aspect déterminant de ce récit est le contexte spécifique dans lequel les personnages évoluent, dans une Espagne traversée par des influences multiples et contradictoires. L’auteur parvient à faire vivre sous nos yeux les conventions de la société espagnole et à transmettre le rôle toujours important joué par la religion au sein de la bourgeoisie espagnole, et en particulier celui de l’Opus Dei. Ce sont en effet le poids des convenances dictées par la religion qui aboutissent au mariage raté d’Elena, épouse d’un homosexuel réprimé. La grande liberté dont jouit David ne le rend cependant pas plus heureux. En somme, le livre plaira aux amateurs d’introspection et d’analyse sociétale et s’inscrit dans la continuité romanesque pour Lucía Etxebarria, une auteure viscéralement féministe.

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 18 Articles
Journaliste du Suricate Magazine