La Belle de Casa, un roman percutant sur les migrants et sur le Maroc d’aujourd’hui

titre : La Belle de Casa
auteur: In Koli Jean Bofane
édition : Actes Sud
sortie : 22 août 2018
genre: roman

Dans La Belle de Casa, In Koli Jean Bofane retrace le quotidien d’un jeune migrant congolais en quête d’Europe et de la belle Ishrak, jeune marocaine objet de toutes les convoitises masculines, sur fond de roman policier. Il réussit à nous entraîner dans le monde et la psyche des migrants bloqués au Maroc, jusqu’à nous faire ressentir leur sentiment d’attente.

Dans ce (quatrième) livre, l’auteur congolais vivant à Bruxelles, In Koli Jean Bofane, s’est emparé d’une thématique hautement d’actualité : les migrants sub-sahariens bloqués aux portes de l’Europe. Le Maroc d’aujourd’hui est en effet devenu un pays de départ, de transit et de destination pour les migrants. Et nombre de migrants africains y restent ou y séjournent longuement au final, parce qu’ils n’ont pas les ressources pour continuer leur périple, qu’ils ont peur de se noyer lors de la traversée du détroit de Gibraltar ou encore qu’il leur semble possible de construire une vie meilleure sur place. Le livre montre bien l’ambivalence des Marocains à leur sujet entre acceptation, volonté d’intégration (le gouvernement a lancé une campagne de régularisation en 2013), racisme et violence anti-migrants.

La Belle de Casa nous place dans la peau d’un de ces migrants, Sese, jeune congolais, fan de feu Mobutu, qui pour gagner de l’argent sollicite des européennes esseulées sur internet. Son parler, sa culture, ses envies le rendent d’une part très réel et de l’autre très attachant. Sese, le cyber-séducteur africain, qui débite des phases telle : « Ti se, y a surtout qui pe faire battre mon ker comme ça, ch’t’assire !, pouvait-il dire d’une voix caressante, peaufinant un accent kinois. Lorsque la donzelle riait, il savait tenir le bon argument et continuait sa séance de séduction. »

Mais Sese n’est que l’un des nombreux personnages de ce roman, qui mêle différents parcours de vie pour résoudre l’enigme de la mort d’Ishrak. En effet, la belle Ishrak, l’amie marocaine en mal de père et dont la mère est devenue folle, joue également les premiers rôles. Elle est au coeur de l’intrigue principale, mais on reste quelque peu sur sa faim la concernant.

La Belle de Casa est un livre drôle, parfois acerbe, qui dépeint avec beaucoup de réalisme la vie de l’autre côté de la Méditerranée. C’est une œuvre éducative sur le continent et la culture africaine, avec un coup de projecteur sur la concupiscence masculine. L’intrigue policière se perd par moment dans la gallerie de personnages, mais l’auteur sait mener sa barque et nous amener à bon port pour démêler les fils de ses vies entrelacées. Une lecture agréable et utile pour décrypter le monde d’aujourd’hui.

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 11 Articles
Journaliste du Suricate Magazine