« Xenogenesis : L’Aube », une nouvelle SF

Titre : Xenogenesis : L’Aube
Autrice : Octavia E. Butler
Editions : Au Diable Vauvert
Date de parution : 27 octobre 2022
Genre : Science-fiction

Lilith accuse le coup. Elle accuse aussi la solitude et l’incertitude de sa situation. Après plusieurs Éveils, elle trouve dans la pièce qu’elle occupe un Oankali, créature extraterrestre. Ce dernier, calme, patient, étrange et dérangeant est chargé de la mener bon gré mal gré à accepter sa mission et toutes les charges émotionnelles et existentielles qui en découlent. Lilith n’a pas le choix, ne lui appartient que sa manière de réagir à ce qui lui est forcé de faire.

Elle apprend rapidement la raison de son Éveil, ainsi que les desseins des Oankalis, le sacrilège ultime, l’hybridation entre un humain et un extra-terrestre. En plus d’Éveiller d’autres humains pour venir habiter à nouveau la Terre – suite aux catastrophes qui ont mis fin à l’humanité – elle est chargée de faire accepter ce sacrilège immense et pourtant, présenté dans le livre comme l’unique solution pour que l’humanité cesse de se détruire en-dedans et en-dehors ; l’hybridation entre espèces.

Que faire ? Où se trouve notre humanité ? Peut-on réellement créer un monde d’égalité homme-femme ? Comment envisager autrement nos relations intimes, sexuelles et reproductives ? Que ferions-nous à la place de Lilith ? Une foule de questions qui nous bousculent et qui pimentent la lecture de ce roman d’une incroyable finesse.

Ce qu’il y a de particulièrement plaisant avec la SF, c’est qu’on peut y déployer toutes sortes de réalités alternatives sous le regard de ce que l’on sait. Ici, le décor n’est pas qu’un décor, mais un espace pour laisser libre cours à toutes les inventivités et surtout, un espace où poser des enjeux actuels et leur donner la possibilité de se déployer et/ou de se penser autrement.

Enfin, il est impensable de lire L’Aube sans prendre en compte et « l’afro-nationalité » d’Octavia Butler et celle de Lilith (ou de toutes ses héroïnes, de manière générale). Cette « afro-nationalité » teinte le récit de tout un camaïeu de réflexions et d’interrogations subtilement posées voire traitées, qui plus est par des concernées.

L’Aube, c’est donc de la SF carrée, intelligente et jouissive.