Le Red Star Line Museum, une histoire de l’émigration à travers le « rêve américain »

Première salle du musée Red Star Line Museum (Anvers, novembre 2021).(c) S. Belghazi

Situé dans les docks d’Anvers à quelques pas du Museum aan de Stroom (MAS), le Red Star Line Museum vient de fêter ses huit premières années d’existence. Le musée retrace l’histoire de la compagnie de paquebots transatlantiques Red Star Line qui relia Anvers aux États-Unis et au Canada de 1873 à 1934. Pendant cette période, plus de 2 millions de passagers quittèrent l’Europe continentale via Anvers pour vivre leur « rêve américain », chacun avec ses motivations propres.

Des récits à la fois uniques et universels

Créé en 2013, le Red Star Line Museum met avant tout l’accent sur la dimension humaine de l’émigration. Si les maquettes de paquebots et les nombreuses affiches promotionnelles de la compagnie permettent de se faire une idée des conditions de voyages, l’approche du musée englobe bien d’autres aspects de l’émigration, sans lien direct avec la traversée de l’océan. La première salle de l’exposition commence avec des récits de migrants à travers les siècles. Certains des passagers passés par Anvers pour rejoindre les États-Unis sont célèbres, comme le scientifique Albert Einstein et le compositeur Irving Berlin. D’autres sont moins connus mais ont vécu une aventure tout aussi extraordinaire, comme cette jeune femme enceinte d’un soldat américain partie le retrouver et n’ayant échappé au refoulement à New York que grâce à un mariage immédiat.

En mettant l’accent sur les aspirations des passagers de 3e classe (les moins nantis, ceux munis d’un aller simple), le musée souligne ce qu’il y a d’universel dans toutes les histoires d’émigration, à savoir la recherche d’une ville meilleure. Si la scénographie est relativement classique, alternant objets, archives, photographies, films et quelques écrans tactiles, l’exposition est structurée de manière claire et didactique. Attention toutefois : seule une partie des panneaux explicatifs est traduite en français. Les destins individuels des émigrants présentés illustrent la diversité des motifs d’émigration (économiques, politiques, religieux…) et leur évolution au fil du temps. Parallèlement aux récits de vie, chaque étape du parcours d’émigration est détaillée, de l’achat du billet à l’arrivée au pays d’accueil en passant par les contrôles administratifs et sanitaires avant l’embarquement.

Un lieu chargé d’histoire

Le Red Star Line Museum est ainsi installé dans les anciens hangars de la compagnie. Dans ce bâtiment à deux étages, les candidats à l’émigration devaient montrer patte blanche. Outre des papiers en règles, ils devaient se soumettre à une visite médicale et à une procédure de désinfection permettant de s’assurer qu’ils n’apportent aucune maladie en Amérique du Nord. Dans chaque salle du musée, de petits panneaux trilingues explique ce qui se passait à cet endroit précis à l’aide d’un court texte et d’une photographie.

L’exposition permet enfin de mieux comprendre l’impact de ces mouvements migratoires sur la ville d’Anvers. La plupart des passagers de la Red Star Line venait en effet d’Europe centrale, même si on compte également des Belges ou encore des Néerlandais parmi les émigrés. Le bref séjour des voyageurs dans la ville, souvent dans des hôtels misérables, n’est pas sans effet sur la ville et ses habitants. La communauté juive d’Anvers développe ainsi un système d’entraide pour les émigrés juifs de passage, tandis que certains au contraire s’enrichissent en exploitant la détresse de émigrés.

Que vous soyez ou non sensible au « rêve américain », si l’histoire du lien entre les hommes et les territoires vous intéresse, il serait dommage de passer à côté du Red Star Line Museum lors de votre prochaine visite à Anvers.

Infos pratiques

  • Où ? Red Star Line Museum, Montevideostraat 3, 2000 Anvers.
  • Quand ? Du mardi au dimanche de 10h à 17h.
  • Combien ? 10 EUR au tarif plein. Plusieurs tarifs réduits
A propos Soraya Belghazi 232 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine