Qaanaaq : un polar polaire à lire emmitouflé…

auteur : Mo Malø
édition : La Martinière
sortie : mai 2018
genre : polar

Mo Malø. Qui est-il ? Où est-il ? D’où vient-il ? Ou d’où vient-elle ? On ignore presque tout de cet auteur dont c’est le premier polar rédigé sous ce pseudonyme aux allures nordiques. Sauf qu’il vit en France et qu’il a déjà rédigé de nombreux autres romans. Ce qui laisse relativement peu de chances que cette personne soit une créature venue du Grand Nord. Mais il n’empêche que le décor planté par Mo Malø est digne des polars issus de la vague d’écrivains nordiques en vogue depuis une dizaine d’années chez nous.

Chaussez vos bottes fourrées de moumoute car nous allons suivre Qaanaaq Adriensen, policier danois envoyé au Groenland pour aider Rikke Engell, la cheffe rigide et glaciale du commissariat de Nuuk. Leur mission est de mettre la main sur un tueur en série. Et pas n’importe lequel : les entrailles de plusieurs ouvriers d’une plateforme pétrolière ont été sauvagement dévorées. Un ours ? Sans doute. Mais pourquoi aurait-il crocheter les serrures des bicoques de ses victimes ? C’est louche…

En débutant ce polar, vous vous plongerez dans une histoire aux embranchements multiples sur fond d’indépendance toute relative accordée au Groenland par le Danemark, ce dernier contrôlant toujours à l’heure actuelle la défense et la politique étrangère. Dans ce contexte, vous en apprendrez plus sur l’inimitié entre les deux peuples dont les bases sont universelles : pouvoir, argent, traditions et racisme.

Ainsi, Qaanaaq, n’est pas qu’un roman policier basique avec des tueurs, des cadavres et un mobile. Outre l’atmosphère politique et ses tensions communautaires et ultranationalistes bien exploitées, c’est un univers assez riche et détaillé que nous dépeint le mystérieux Mo Malø. En effet, il fait voyager le lecteur de Nuuk, capitale groenlandaise, à Qaanaaq, trou perdu en lisière de l’inlandsis (pour ceux qui suivent, le nom du bled est le même que le nom du policier, on vous simplifie quand même beaucoup la vie). Vous aurez droit à la totale : le froid, le vent, les vêtements en peaux de bêtes, les ragoûts de phoque, les noms imprononçables, les jolies Inuites, les valeureux chasseurs toujours d’attaque malgré les -50° sans oublier la beauté des paysages à l’étendue si vaste qu’elle en en devient parfois terriblement inquiétante.

Quant à Qaanaaq, dont le patronyme vous assurera un carton au Scrabble, c’est un héros assez singulier. D’origine inuite, il a été adopté par un couple danois alors qu’il n’avait que trois ans. Cet homme solitaire, papa célibataire de jumeaux eux aussi adoptés, ignore tout de ses origines. En choisissant un héros danois, Mo Malø nous démontre la déconcertation ressentie par un Européen face aux différences de pensée, de mode de vie, de croyances et de fonctionnement des insulaires polaires. L’auteur décrit également la mentalité pleine de bienveillance des peuples du Nord à l’égard de la nature, attitude que les Continentaux, nimbés de technologie et de facilités diverses, devraient arrêter de reléguer un peu trop souvent au second plan.

Au final, un polar bien maîtrisé aux très (trop) nombreuses ramifications, dans un monde où les idéalistes, les opportunistes et les extrémistes cohabitent pour le meilleur… et pour le pire.

Emmanuelle Lorriaux
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