Luna, Plus belle la vie chez les Dardenne

Luna

d’Elsa Diringer

Comédie dramatique

Avec Laëtitia Clément, Rod Paradot, Lyna Khoudri

Sorti en DVD et VOD le 4 septembre 2018

Luna (Laëtitia Clément) est une jeune femme qui partage sa vie entre l’exploitation maraîchère où elle travaille et les sorties avec ses amis. Un jour, alors qu’ils se réunissent dans une salle où ils aiment passer du temps, ils rencontrent Alex (Rod Paradot), un jeune homme occupé à taguer un mur. Afin de s’amuser, Ruben (Julien Bodet) – le petit ami de Luna – décide de provoquer celui-ci et la plaisanterie tourne rapidement en altercation. Quelques semaines plus tard, le jeune homme réapparaît dans la vie de Luna, amenant avec lui une série de doutes et de remises en question.

Luna est un film relativement maladroit. Avant tout, plusieurs éléments sont installés dans l’intrigue sans jamais réellement intervenir par la suite selon le principe du set-up/pay-off. Dans les premières minutes du film, par exemple, Luna parle de se faire avorter sans que cet élément ne soit plus exploité passé un certain stade. De la même façon, elle offrira un bébé pitbull à Ruben qui cessera rapidement d’apparaître jusqu’à être ramené maladroitement plus loin dans le film.

Mais plus encore, l’héroïne elle-même est fortement inconstante. Dans la première partie du film, Luna oscillera entre adolescente écervelée et personnage parfois haïssable. Concernant son avortement, par exemple, elle hurlera à sa mère au milieu de la rue : « C’est à quelle heure que j’avorte mercredi ? » Ensuite, elle laissera Ruben faire les pires choses, jouant le rôle de femme-objet, d’exutoire sexuel et validant l’attitude ignoble de celui-ci. Dans la seconde moitié, elle deviendra soudainement plus douce, curieuse, intelligente, sans que cela n’ait réellement été installé au cours du récit. Même s’il se comprend en raison du passage de Luna d’un univers à un autre, la soudaineté de ce changement sera relativement déconcertante.

Toutes sortes d’éléments sont donc ajoutés au film sans toujours avoir de réelle utilité. Ce manque de constance est assorti d’un problème de ton : le film aborde des problématiques sociales sérieuses (avortement, viol, mal être existentiel, recherche de soi-même) mais les exploite souvent avec une forme de légèreté qui donnera parfois à Luna des allures de Plus belle la vie façon frères Dardenne. Ce manque de personnalité lui donnera parfois davantage des allures de téléfilm léger plutôt que de long-métrage ambitieux.

En ce qui concerne les points positifs, on retiendra tout de même la façon de Luna de s’extraire d’un monde anxiogène dans lequel elle s’est elle-même enfermée. Grâce à Alex, elle aura soudainement accès à un univers moins froid, plus respirable dans lequel elle apprendra doucement à évoluer. Quant à ce dernier, sa rencontre avec Luna l’amènera peu à peu à guérir d’un traumatisme et à apprendre à vivre avec ses blessures.

Dans l’ensemble, reste donc un film fortement inégal alourdi par divers éléments mal exploités mais tout de même parcouru de thématiques intéressantes, le tout renforcé par le jeu impeccable des comédiens.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 138 Articles
Journaliste du Suricate Magazine