Patriot’s Day, film mémoriel peu mémorable

Patriot’s Day

(Traque à Boston)

de Peter Berg

Thriller, Drame

Avec Melissa Benoist, Mark Wahlberg, Michelle Monaghan

Sorti le 15 mars 2017

Le 15 avril 2013, deux bombes explosaient au cours de la 117e édition du marathon de Boston, faisant trois morts et 264 blessés. Trois jours plus tard, Tamerlan Tsarnaïev, l’un des auteurs de l’attentat était abattu par les forces de l’ordre dans un échange de tirs. Le lendemain, son frère et complice, Djokhar, fut retrouvé caché dans un bateau parqué dans le jardin d’un habitant de la périphérie de Boston.

S’inscrivant dans la lignée de toute une série de films visant à entretenir la mémoire meurtrie des États-Unis, « Patriot’s Day » [« Traque à Boston » en français] choisit de revenir sur ces évènements à travers le regard d’un personnage fictif : l’agent Tommy Saunders (Mark Wahlberg). Celui-ci servira ainsi de fil rouge aux évènements d’avril 2013, de la double explosion jusqu’à l’arrestation du dernier terroriste en fuite.

D’entrée de jeu, « Traque à Boston » choisit de se concentrer sur la poursuite des suspects et non sur la préparation du double attentat. Les explosions ont ainsi lieu après vingt-cinq minutes de film seulement et le reste du métrage visera à relater la chasse à l’homme lancée par les autorités afin de retrouver les frères Tsarnaïev qui se voient dès lors attribuer une place prépondérante dans le déroulement de l’histoire. Néanmoins, Peter Berg parvient à maintenir la dynamique installée et à ne pas faire de ces personnages des vedettes : ils restent malgré tout des ennemis de la Nation et sont donc présentés comme tels. Le réalisateur opte cependant pour un angle d’approche intéressant en choisissant de complexifier ces personnages, Djokhar Tsarnaïev paraissant alors la plupart du temps plus influencé par son frère aîné que réellement radicalisé. Lorsque l’on s’intéresse un peu au parcours de celui-ci avant l’attentat et à son attitude après jugement, on constate d’ailleurs que cette présentation nuancée du personnage semble trouver un fondement dans la réalité.

Poussant le réalisme au maximum, Berg choisit ainsi de filmer une grande majorité des scènes en caméra à l’épaule et d’inclure des images d’archives – notamment certains extraits de journaux télévisés ou images tirées des caméras de surveillance. Dans cette dynamique, la scène de la première explosion est particulièrement bien amenée car elle survient tôt dans le film et surprend le spectateur, comme une façon de plonger celui-ci en 2013 au milieu de la foule et de faire de lui une victime, percutée par la soudaineté de cet événement atroce.

Du point de vue des acteurs, « Patriot’s Day » dispose d’un riche casting : John Goodman, Kevin Bacon, J.K. Simmons, acteurs excessivement talentueux que l’on prend toujours beaucoup de plaisir à retrouver. On appréciera également la présence au casting de Melissa Benoist dans le rôle de Katherine Russel Tsarnaev, l’épouse de Tamerlan Tsarnaev. Loin du côté bon-enfant de Glee ou Supergirl, l’actrice offre ici une jolie performance ! C’est finalement Mark Wahlberg qui s’en sort le moins bien et offre une prestation peu originale. Il faut dire que son personnage a surtout pour raison d’être de lier les évènements entre eux et est ainsi parachuté n’importe quand afin d’homogénéiser le récit.

En dehors de ces qualités le film présente, malgré tout, quelques aspects caricaturaux, principalement dans les messages qu’il véhicule. Lors d’un monologue prononcé par l’un des protagonistes principaux, le montage fera place à des scènes de retrouvailles : un père étreint son enfant, un policier retrouve sa femme. L’idée est de montrer que les terroristes ne parviendront pas à nous ôter ce qui fait le sel de nos existences, qu’il faut répondre à la haine par l’amour. La chose est louable mais dessert le film pour y inclure des bons sentiments peu utiles à l’intrigue. Une sorte de Happy Ending à l’américaine en somme.

Au final, « Patriot’s Day » est un film intéressant, disposant de solides qualités (un casting de premier choix, une magnifique bande son signée Trent Reznor et Atticus Ross, une réalisation maîtrisée, une volonté de retranscrire assez fidèlement les évènements, …). Néanmoins, le tout tire rapidement en longueur et ne parvient pas toujours à étayer son propos, restant alors en surface. La tentative de présenter les tragiques évènements de 2013 sous couvert d’un certain divertissement finit en fait par ôter toute réelle profondeur au film. Une réalisation intéressante donc, bien que peu mémorable.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 146 Articles
Journaliste du Suricate Magazine