Papillon, remake dispensable

Papillon

de Michael Noer

Drame, Aventure

Avec Charlie Hunnam, Rami Malek, Eve Hewson, Roland Møller, Tommy Flanagan

Sorti le 19 septembre 2018

Quarante-cinq ans après l’original, mis en scène par Franklin J. Schaffner et mettant en vedette Steve McQueen et Dustin Hoffman, nous arrive ce remake de Papillon, confié au réalisateur danois Michael Noer et véhicule pour deux stars en construction, Charlie Hunnam et Rami Malek, tous deux popularisés par leurs prestations dans des séries télévisées branchées et/ou cultes (respectivement Sons of Anarchy et Mr Robot).

Et si l’on parle ici de remake, et non d’une nouvelle adaptation du livre de Henry Charrière alias « Papillon », récit autobiographique – à la véracité depuis largement contestée – d’un ancien bagnard en Guyane dans les années 30-40, c’est parce que le présent film est pratiquement une photocopie du premier, une redite appliquée dont l’artisan semble vouer un culte à son modèle. On y suit donc Papillon et Louis Dega – escroc riche et surdoué pris sous sa protection par le premier – dans leur quête d’évasion, et cela dans une succession de scènes presque identiques à celle proposée par Schaffner.

Qu’un remake sanctifie ainsi le film qu’il répète peut se comprendre dans certains cas – celui du remake de Psycho par Gus Van Sant est un cas d’école du genre, bien qu’évidemment contestable – mais beaucoup moins dans d’autres. Si le Papillon de Schaffner est entré dans la postérité par le statut de ses deux stars, tous les deux à un moment clé de leurs carrières respectives, on ne peut pas dire qu’il soit un monument de mise en scène, un film d’auteur ni même un classique indéboulonnable.

Disons-le clairement, ce remake n’a lui non plus pas l’ambition – espérons-le – d’entrer dans l’histoire du cinéma, tant il constitue une sorte de produit cryogénisé, totalement anachronique, comme si l’on avait tenté de réaliser un film des années 70 en 2018. La production de ce nouveau Papillon n’en est que plus incompréhensible, puisqu’il n’épouse même pas une sorte d’air du temps ambiant mais qu’il semble coincé dans une vision du cinéma et de la « grosse production » datant d’il y au moins une quarantaine d’années.

En cela, le film n’est pas irregardable, puisqu’il s’appuie sur une recette ayant largement fait ses preuves, mais il ne revêt aucun intérêt particulier, si ce n’est de voir deux acteurs plutôt bons et intéressants tenter d’égaler leurs modèles respectifs (à ce jeu-là, Charlie Hunnam s’en sort d’ailleurs un peu mieux). Quant à savoir s’il vaut mieux voir ce remake ou l’original, la question est posée mais ne demande pas forcément de réponse définitive.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine