Mappa mundi, réinterprétation du monde à la Villa Empain

Figures 1799, Explorers’ routes, 2015. © Malala Andrialavidrazana. Courtesy the artist & Dialect
Figures 1799, Explorers’ routes, 2015. © Malala Andrialavidrazana. Courtesy the artist & Dialect

Pensée il y a quinze ans, la collaboration entre Louma Salamè, directrice de la Fondation Boghossian et Alfred Pacquement, historien d’art et conservateur de musée voit le jour et offre au public Mappa mundi, cartographies contemporaines.

La thématique des cartes du monde proposée par Alfred Pacquement, pour l’occasion curateur de l’exposition, s’allie parfaitement avec la mission de la Fondation Boghossian qui est de rapprocher les peuples par la culture en mêlant art d’Orient et d’Occident. La représentation du monde a beaucoup évolué, depuis les premières cartes des explorateurs servant à marquer les contours de terres fraîchement découvertes, jusqu’aux cartes numériques d’aujourd’hui, ou en un seul clic on peut se retrouver à observer le réseau routier à l’autre bout du monde. C’est en suivant cette notion d’évolution scientifique et technologique, en ajoutant celles de danger, de fragilité, de poésie ou en créant un monde fictif que la trentaine d’artistes présents, issus d’une vingtaine de pays, proposent leur vision des cartes du monde.

Quelques œuvres au détail

Réalisé dès 1989, Atlas de Wim Delvoye joue avec humour et poésie sur le détournement de la représentation des cartes en reprenant fidèlement tous ses codes graphiques, ses couleurs et sa typographie. Habitué du détournement mêlant le sacré au populaire, l’artiste a passé des heures à créer les noms des lieux présents dans l’atlas, parfois avec humour avec des sonorités proches de certains mots ou évocateurs de formes que l’on peut voir apparaitre sur les cartes. Pour Wim Delvoye Atlas lui permet de :

relier Jasper Johns et le Land Art mais aussi de mettre en jeu l’écriture. J’invente des mots et je passe beaucoup de temps à vérifier qu’ils n’existent pas.

Sont exposés pour Mappa mundi deux exemplaires de l’atlas auquel se joint un agrandissement d’un détail d’une carte et la liste des noms de lieux. Contrastant avec le caractère parfois grave et sérieux à juste titre de la représentation du monde et de ses frontières à l’heure actuelle, l’œuvre de Wim Delvoye apporte une touche de légèreté et de poésie à l’exposition.

Wim Delvoye, Atlas, 1999 (detail) © Thibault De Schepper
Wim Delvoye, Atlas, 1999 (detail) © Thibault De Schepper

L’image de carte scolaire classique est la base de Mappa 2, un détournement dénonçant l’invasion du monde par les figures américaines pop tels que Mickey et Minnie, le père noël ou les personnages de Cartoon Network. L’artiste Nelson Leirner joue sur le scandale et la dénonciation dans sa pratique. Ici la critique est tournée vers l’Occident, les continents étant envahis, mangé par ses personnages aux sourires forcés. A le fois humoristique et engagée l’œuvre mélange l’esthétisme ancien des cartes scolaires avec le design des personnages de dessins animés aux couleurs pop.

Nelson Lierner, Mappa 2, 2009
Nelson Lierner, Mappa 2, 2009

Au commencement peintre d’affiches publicitaires à Kinshasa, Chéri Samba réalise par la suite des bandes dessinées auto publiées mettant en scène les mœurs, la corruption, l’inégalité sociale et les faits de société de son pays. De cette expérience il gardera la palette de couleurs vives et l’aspect narratif de son travail. La vraie carte du monde fait allusion aux affiches de propagandes communistes où l’artiste se représente lui-même comme grand dirigeant mondial. Ici la carte du monde est retournée, à l’image de celle de l’australien Stuart McArthur publiée en 1979 et qui connut un grand succès en Australie et dans les pays de l’hémisphère sud, remettant en cause les notions de nord et sud jusque-là bien établies. Un mot d’explication écrit par l’artiste est présent en dessous de la carte évoquant la place centrale et la taille exagérée de l’Europe face aux continents du sud, générant ainsi un sentiment de supériorité et imposant de ce fait à l’hémisphère sud un sentiment d’infériorité.

Chéri Samba, La vraie carte du monde, 2011. © Thibault De Schepper
Chéri Samba, La vraie carte du monde, 2011. © Thibault De Schepper

À citer également : l’œuvre d’Alighiero Boetti, Mappa, une broderie réalisée en Afghanistan par des femmes n’ayant pas totalement connaissance des frontières, représentant un monde où chaque pays est coloré par son drapeau. Le thème des frontières et de ses représentations est récurrent dans l’œuvre de Mona Atoum. Elle propose un mobile intitulé Map, représentant des continents transparents en mouvement, semblant à la dérive.

Une vidéo de Rivane Neuenschwander, Contingent, montrant des continents en miel se faire dévorer par des fourmis au point de totalement disparaître, pose la question des ressources vitales offerte par la terre.

Qu’elles soient engagées, ludiques, poétiques ou humoristiques, les œuvres présentées pour l’exposition Mappa mundi soulèvent beaucoup de questionnements. L’exposition montre qu’à l’époque de la mondialisation nombreux sont les artistes contemporains qui cherchent à réinterpréter, transformer et bousculer la représentation classique que l’on a du monde.

Infos pratiques

  • Où ? Villa Empain, Avenue Franklin Roosevelt 67, 1050 Bruxelles.
  • Quand ? Du 5 mars au 22 août 2018, du mardi au dimanche de 11h à 18h.
  • Combien ? 10 EUR au tarif plein. Différents tarifs réduits possibles.
Anaïs Staelens
A propos Anaïs Staelens 24 Articles
Journaliste du Suricate Magazine