La poésie du simple s’expose au S.M.A.K avec Exit de Kris Martin

Kris Martin, Altar, 2014. Photo : Benny Proot
Kris Martin, Altar, 2014. Photo : Benny Proot

Motivé par l’envie de toucher les grands problèmes de ce monde, Kris Martin s’expose au S.M.A.K avec Exit et questionne le spectateur sur des thèmes qui touchent tout un chacun : l’identité, la disparition, la fugacité, la vie et la mort.

Kris Martin est déjà connu mondialement pour avoir exposé, entre autres, à la Tate Modern à Londres, au Louvre et au Centre Pompidou à Paris, et pour avoir été curateur d’expositions au MoMA PS1 à New-York, au Kunsthistorisches Museum de Vienne ou encore au CCA Wattis de San Francisco. Avec l’humour et la poésie comme armes principales, il propose pour sa première rétrospective en Belgique une trentaine de pièces, dont une réalisée spécialement pour le S.M.A.K., le musée municipal d’art contemporain de Gand.

Kris Martin T.Y.F.F.S.H., 2009 Courtesy Kris Martin. Installation view MCA Chicago. Photo MCA Chicago.
Kris Martin, T.Y.F.F.S.H., 2009 Courtesy Kris Martin. Installation view MCA Chicago. Photo MCA Chicago.

Une exposition sous forme de boucle

La notion de cycle est importante pour l’artiste. Il souligne que la fin d’un cercle ne signifie pas obligatoirement une fin en soi, mais qu’elle peut plutôt être le commencement d’un nouveau cercle. Cette notion est également présente dans la scénographie de l’exposition qui forme une boucle au premier étage du musée. L’idée de renouvellement et de réinterprétation joue un rôle important dans son œuvre. Il dit lui-même qu’il ne crée pas mais qu’il copie, car tout a déjà été créé. C’est en suivant cet esprit de réutilisation et en y ajoutant sa touche personnelle qu’il réemploie des objets pour les modifier, les transformer et leur donner un sens nouveau, une poésie qui n’existait pas jusque-là.

La fugacité de la vie

La première pièce de l’exposition semble à première vue vide. Une fois entré, le visiteur aperçoit des récipients contenants des milliers de confettis en bronze qu’il est invité à saisir et à jeter où il le souhaite dans l’espace. Intitulée Festum II, en hommage à la fête, l’œuvre renvoie avec poésie à la notion de disparition de l’être humain. À l’inverse des confettis classiques en papier, qui finissent par se décomposer au sol, ceux-ci, en bronze, existeront à jamais et nous survivront.

Kris Martin Festum II, 2010 Courtesy Kris Martin and White Cube. Photo Stephen White.
Kris Martin, Festum II, 2010 Courtesy Kris Martin and White Cube. Photo Stephen White.

Détournant la symbolique d’un objet très présent dans l’art, le crâne, qui fait directement penser aux vanités ou à celui de Damien Hisrt, Kris Martin parvient à lui donner une interprétation nouvelle. Still Alive représente le crâne de l’artiste, ayant été scanné, tracé et moulé en bronze recouvert d’argenté. Comme l’indique son titre, c’est la première fois que l’on peut observer le crâne d’une personne toujours vivante. Quoi qu’il arrive, l’œuvre continuera de porter ce titre et de rendre l’artiste en quelque sorte vivant à jamais.

Une peur existentielle

Mandi VIII est une représentation en plâtre du Laocoon réalisée sur base du véritable moule. Initialement utilisé lors de reproductions de l’œuvre, la sculpture est ici dépourvue des deux serpents. Reste néanmoins l’impression de lutte et de terreur sur le visage du Laocoon et de ses fils, pour le coup injustifié. L’artiste propose une version contemporaine de la sculpture antique, la peur ne venant plus d’un objet physique mais plutôt d’un élément invisible mais qui semblerait être tout aussi dangereux.

Kris Martin Mandi VIII, 2006 Courtesy Kris Martin. Installation view The Warehouse. Photo Sara Deal.
Kris Martin, Mandi VIII, 2006 Courtesy Kris Martin. Installation view The Warehouse. Photo Sara Deal.

Changements d’échelle

Kris Martin aime jouer avec la taille de ses œuvres, en très petit format avec les confettis de bronze mais qui finiront par générer un tapis recouvrant le sol de la pièce. Ou à l’inverse très grand avec Mandi XV, une épée en bronze de plusieurs mètres de long, désormais privée de sa fonction ou la plus impressionnante T.Y.F.F.S.H une montgolfière gonflée, bloquée dans sa salle et dans laquelle le spectateur peut entrer avec précaution. Ici, l’idée de voler est prisonnière du musée.

Si Kris Martin arrive à questionner le spectateur sur des thèmes sérieux comme la disparition ou la mort, il arrive à le faire avec une touche d’humour, de poésie, à l’instar de ses prédécesseurs les artistes surréalistes belges.

Infos pratiques

  • Où ? S.M.A.K, Jan Hoetplein 1, 9000 Gand.
  • Quand ? Du 07 mars au 31 mai 2020, du mardi au vendredi de 9h30 à 17h30 et le weekend de 10h à 18h.
  • Combien ? 12 EUR au tarif plein. Différents tarifs réduits possibles.
Anaïs Staelens
A propos Anaïs Staelens 24 Articles
Journaliste du Suricate Magazine