Lucky, la dernière marche de Harry Dean Stanton

Lucky

de John Carroll Lynch

Drame

Avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston, Ed Begley Jr., Tom Skerritt

Sorti le 7 février 2018

Premier film de son réalisateur John Carroll Lynch – acteur vu notamment chez les frères Coen (Fargo), David Fincher (Zodiac) ou Pablo Larraín (Jackie) – et dernier film en tant que tête d’affiche de l’acteur Harry Dean Stanton – décédé en septembre 2017 –, Lucky porte bien son nom et cristallise donc la rencontre fortuite entre ce début et cette fin, pour raconter bien évidemment une histoire de crépuscule, celui de la vie de Lucky, interprété par Stanton.

Vieux cow-boy nonagénaire bien déterminé à profiter pleinement de la vie qu’il a encore devant lui et de tous les petits plaisirs anodins qu’elle peut lui procurer – la cigarette, les mots croisés, … –, Lucky déambule dans sa petite ville et en côtoie de manière désinvolte les quelques habitants au bar ou à la cafeteria du coin.

Construit entièrement autour de la personnalité de Harry Dean Stanton et de son passif en tant qu’acteur, Lucky prend des allures d’errance fantomatique d’un acteur dans ce qui reste de son image et de sa carrière écoulée. Ce n’est pas un hasard si l’aspect déambulatoire fait penser à celui qui caractérise – de manière iconique, voire caricaturale – le cinéma de Wim Wenders, avec lequel Stanton tourna le mythique Paris, Texas. Ce n’en est pas un non plus s’il donne la réplique à Tom Skerritt, avec qui il partageait l’affiche d’Alien, ou encore à David Lynch, dont il fut l’un des acteurs fétiches, et cela jusqu’au récent retour de Twin Peaks.

Cette envie de faire une sorte de haie d’honneur à un acteur pourrait avoir des accents morbides – comme ce fut le cas, par exemple, du « dernier » film de Jean-Paul Belmondo, Un homme et son chien, de sinistre mémoire – mais la démarche simple et humble de John Carroll Lynch, ainsi que l’hommage couplé qu’il fait également aux cinémas de quelques cinéastes-repères, rendent le film à la fois attachant et unique.

Outre l’influence évidente de Wim Wenders, Lucky doit aussi beaucoup à l’univers – visuel et thématique – de David Lynch et, de manière peut-être moins évidente mais dans un véritable rapport de filiation, à celui de Jim Jarmusch, dont quelques scènes du dernier film (Paterson) trouvent un écho troublant et entêtant dans les scènes de « comptoir » de Lucky. Dans tous les ponts qu’il tisse avec d’autres cinémas, Lucky acquiert un statut particulier de « petit film » aux implications plus grandes, ramenant le cinéma et la cinéphilie en son centre.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine