Les Délices de Tokyo, mélo pâtissier

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Les Délices de Tokyo

de Naomi Kawase

Comédie dramatique

Avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida, Miyoko Asada

Sorti le 10 février 2016

Présentés dans la sélection Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, ces Délices de Tokyo ont de quoi décontenancer quiconque est un tant soit peu familier avec le cinéma de Naomi Kawase, habituellement métaphysique et contemplatif. Non pas que l’essentiel de ses thèmes de prédilection ne se retrouve pas dans le présent film, mais plutôt que la forme soit plus lisse et consensuelle qu’à l’accoutumée.

Vendeur de dorayakis – pâtisserie japonaise composée de deux pancakes fourrés d’une pâte de haricots rouges confits nommée « an » -, Sentaro est convaincu d’engager Tokue, une veille dame excentrique aux mains atrophiées, après avoir goûté sa délicieuse pâte « an », dont elle a le secret. À deux, Sentaro et Tokue font la renommée de leur petite échoppe de dorayakis. Mais Sentaro ne tarde pas à soupçonner Tokue de lui cacher quelque chose.

Les Délices de Tokyo prend la forme d’un mélodrame classique, avec une première partie dans le registre du « feel-good movie » culinaire et une seconde partie plus grave et empesée de pathos, centrée sur la maladie de Tokue et la pitié qu’elle suscite chez les autres personnages principaux.

Ce type de mélo finalement assez « mainstream » et typé, baigné d’une musique sentimentale et d’effets lacrymaux, ne surprend pas vraiment et sa distribution en Europe – bien que fondamentalement ancré dans la culture japonaise – non plus. Là où l’on est plus déstabilisé, c’est qu’un film tel que celui-ci soit réalisé par Naomi Kawase, dont le cinéma est généralement plus introspectif et qui a toujours abordé la question du deuil par des chemins détournés et symboliques. Point de symboles ni de détours ici, tout y étant abordé de front et sans grande subtilité, probablement en vue de toucher un public plus large.

Si AN – titre original – est globalement décevant et convenu, il subsiste malgré tout des moments de grâce, comme cette scène de cuisine étirée sur la longueur, dans laquelle Tokue apprend à Sentaro à réaliser sa recette de pâte de haricots confits. Kawase y insuffle la délicatesse et la sensualité que devrait avoir toute scène consacrée à un artiste et à son art, en l’occurrence Tokue et l’art culinaire.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine

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