Les Corps inutiles de Delphine Bertholon

auteur : Delphine Bertholon
éditions : JC Lattès
sortie : février 2015
genre : drame

En se rendant chez une amie, Clémence une adolescente de 15 ans, se fait agresser dans la rue par un inconnu. Cet événement marquera le début d’une souffrance inexprimable qui se traduira par la perte de son sens du toucher. Dès lors, l’existence de la jeune fille bascule. Elle sombre dans la violence et les situations dangereuses pour retrouver cette sensation perdue et tenter de se venger des hommes. Quinze ans plus tard, Clémence mène une vie très solitaire, toujours en proie à ses angoisses. Entre un travail inavouable et la recherche de compagnie douteuse dans les bars, elle poursuit une existence bancale. Mais au moment où elle n’attend plus rien, deux hommes font leur apparition dans son univers et pourraient bien changer le cours des choses. Clémence osera-t-elle saisir cette chance pour peut-être enfin aspirer à une vie meilleure ?

La solitude est le mot qui s’impose tout au long du roman de Delphine Bertholon. La solitude de l’héroïne pour commencer. Pas d’amis. Les contacts avec ses collègues se limitent à quelques propos échangés à la machine à café. La relation qu’elle entretient avec ses parents est basée sur le mensonge, car elle n’a jamais osé évoquer son agression. D’un côté il y a l’incompréhension et l’impuissance des parents face au mal-être continu de leur fille, et de l’autre la culpabilité d’être une enfant fautive. Leurs rapports restent distants. Quant aux rencontres d’un soir, elles ne sont pas propices au bavardage.

La solitude imprègne également l’environnement de travail de Clémence. Maquilleuse de formation, elle est employée à « La Clinique ». Les hommes pensent qu’elle est une bonne âme offrant de redonner bonne mine aux personnes ravagées par la maladie, les femmes supposent qu’elle reçoit des échantillons gratuits de la célèbre marque. Mais non. La Clinique fabrique sur commande des poupées grandeur nature et la tâche de Clémence consiste à sublimer par son art ces corps aux mensurations fantasmées par des clients esseulés. Toute la journée, la jeune femme est enfermée avec ces poulettes inertes à qui elle ose se confier sans courir le risque d’être jugée.

D’autres éléments tels que le nom de la société qui emploie Clémence illustrent la solitude: « La Clinique ». Il évoque un lieu où l’on se retrouve seul face à la maladie et la souffrance, un environnement aseptisé, sans fioritures qui plus est terriblement déprimant car il réveille en chacun d’entre nous d’affreux souvenirs de visites à une grand-tante s’étant cassé le col du fémur qui vous force à avaler de vilaines pâtes de fruits dans une chambre aux relents d’éther pendant qu’une autre patiente plus très fraîche marmonne toute seule dans le lit d’à côté. Il y a aussi la solitude nichée au plus profond de Clémence : tout comme ses poupées, elle se voue au plaisir des hommes sans rien ressentir en retour. Le titre du roman est de ce fait très évocateur.

Malheureusement, à l’instar de l’héroïne, le lecteur ne ressent pas grand-chose au long de ces 353 pages où s’alternent les récits de Clémence à 15 ans et à 30 ans. Les grands enfants amateurs de belles poupées pourraient éventuellement rêvasser à propos des joujoux sur mesure de la Clinique, mais à part ça, il est difficile d’accrocher aux personnages. Leur vie et leurs émotions ne sont pas suffisamment exploitées ce qui freine l’envie de suivre leur parcours. La lassitude et le profond désespoir exsudés par Clémence confèrent au roman une atmosphère très sombre et défaitiste. Si le challenge de créer cette ambiance est certes assez réussi, il en résulte une histoire bien trop terne dans laquelle on aurait pourtant aimé être transportés par Clémence et ses jolies poupées.

Emmanuelle Lorriaux
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Journaliste

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