« Les Abeilles d’hiver », un traité poétique sur l’apiculture et le destin d’un homme ni héros ni salaud

Titre : Les Abeilles d’hiver
Auteur : Norbert Scheuer
Editions : Actes Sud
Date de parution : 6 janvier 2021
Genre : Roman

Norbert Scheuer se passionne pour sa région de l’Eifel, à la frontière entre l’Allemagne et la Belgique et commence à écrire sur cette contrée dès 1999 dans Der Steinesammler. En 2017, il sort Le Langage des oiseaux qui suivait le médecin militaire Paul Arimond, se passionnant pour les oiseaux afin de ne plus penser aux atrocités de la guerre. Son nouveau roman, Les Abeilles d’hiver garde les mêmes thématiques : l’Eifel et un personnage appelé Arimond qui s’intéresse à la nature plutôt qu’à la guerre qui l’entoure. Le protagoniste principal s’intéressant cette fois aux abeilles plutôt qu’aux oiseaux.

Dans ce livre, on parcourt le journal intime d’Egidius Arimond, entre l’hiver 1944 et l’hiver 1945. Dans l’Allemagne nazie, Egidius est un rebut. Epileptique, il doit sa survie qu’à son frère, héros de guerre dans l’aviation. Ancien professeur de latin et d’histoire, il subvient à ses besoins en reprenant les ruches familiales, se passionnant pour l’apiculture, et par l’histoire familiale en récoltant des informations et des traductions sur un glorieux ancêtre moine-apiculteur. Mais le miel ne lui permettant pas de continuer à payer les sommes astronomiques que demande son pharmacien pour son médicament contre l’épilepsie, il prend tous les risques pour faire passer des Juifs de l’autre côté de la frontière, cachés dans des ruches spécialement aménagées. Le reste du temps, il trompe son ennui avec les femmes du village dont les maris sont partis au front. La fin de la guerre approchant, le passage de la frontière se complique et il a davantage de difficultés à se procurer ses médicaments pour son épilepsie qui empire. Dans ces temps troublés, la Gestapo s’intéresse de plus en plus à lui.

Les Abeilles d’hiver vogue magnifiquement entre : la vie difficile et contradictoire d’un homme ni héros ni salaud, mais survivant comme il peut dans un monde en plein chaos ; un traité poétique d’apiculture ; le parcours historique de l’ancêtre de la famille Arimond. Les premières pages peuvent sembler un peu ardues tant les passages sur l’apiculture sont pointus mais en insistant un peu, ils deviennent une pièce essentielle du récit. Si le style du journal intime renforce l’intimité et la poésie du récit, il trompe aussi le lecteur qui croit avoir affaire à une histoire vraie. L’auteur renforçant le malentendu avec un dernier chapitre et des remerciements qui racontent l’après-guerre et la récolte d’informations auprès de personnes ayant « connu » Egidius Arimond. Pourquoi cultiver le malentendu en dehors du journal intime plutôt que d’assumer la fiction de son ouvrage ?

A propos Loïc Smars 361 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine