[BIFFF 2019 : Jour 4] Alors, ce Hellboy de Neil Jordan ?

Kasane – Beauty and Fate

Adapté du manga de Daruma Matsuura, le film Kasane nous conte l’histoire de deux actrices prêtes à tout pour atteindre la célébrité.

Dans une société où l’apparence détermine en grande partie qui nous sommes et où la laideur est rejetée, Kasane, défigurée depuis l’enfance, n’a aucune chance de devenir une grande actrice de théâtre comme sa mère, et ce, malgré son talent. Jusqu’au jour où surgit un ancien ami de celle-ci, metteur en scène, qui lui propose de reprendre la place de Nina, une actrice sans talent mais à la beauté sans pareille. Le secret de ce tour digne des plus grands illusionnistes ? Un rouge à lèvre magique légué à Kasane par sa mère, qui permet à deux personnes qui s’embrassent de s’échanger leur visage. Entre Nina et Kasane, débute alors une relation où vanité, jalousie et esprit de vengeance les conduiront à échanger plus que leur apparence.

Le thème de la beauté et plus précisément du regard des autres qui construit l’être social et par la même occasion influence le sentiment de confiance en soi est central dans le film. Le réalisateur décrit avec intelligence comment son héroïne, si timide et gauche au départ, en empruntant le visage de Nina, prend également confiance en elle au point de supplanter celle qui, arrogante et sûre d’elle, semblait posséder tous les atouts au début de l’aventure.

Derrière le combat des deux protagonistes pour atteindre la célébrité, le réalisateur nous parle du désir de reconnaissance et de tout ce que l’on est prêt à sacrifier pour y arriver, quitte à se brûler les ailes.

Kasane est donc un film qui tient en haleine les spectateurs du début à la fin et qui peut être incitera les plus mordus à poursuivre la réflexion en se plongeant dans le manga de Daruma Matsuura. V.P.

Achoura bien qui courra le dernier 

Ah le Maroc, ses plages magnifiques, ses lieux de fêtes, ses montagnes aux paysages époustouflants et son démon mangeurs d’enfants. Pas de bol pour Ali et ses potes, ils sont tombés sur ce dernier dans leur enfance et depuis, ils sont tous devenus des cas psychiatriques refoulés à en donner une érection carabinée au Professeur Freud. En piochant dans le répertoire des légendes de son pays, Talal Selhami nous livre une œuvre très réussie et brute. Si le jeu des acteurs peut parfois sembler un peu forcé (surtout dans le chef des enfants), le film nous emmène dans son univers très rapidement et avec une efficacité redoutable.

Alors ok, le scénario ne casse pas de briques. En gros, on est sur un remake de Ca au bled avec quelques éléments empruntés à divers films traitant du Boogeyman comme Candyman. Mais cela ne gâche rien. Visuellement, l’ambiance moite et sombre prend très vite et ne nous lâche pas une seule seconde. Une belle réussite. O.E.

Bastaard : jusqu’où peut nous conduire le sentiment de culpabilité ?

Bastaard est le premier film du réalisateur belge Mathieu Mortelmans. Dans celui-ci, il explore jusqu’où peut nous conduire le sentiment de culpabilité.

Deux ans après la mort tragique de son frère dans un accident, Daan est devenu de facto le chef de famille en l’absence de son père et du comportement effacé de sa mère. Le souvenir de sa mort ainsi que le manque sont encore présents lorsqu’ils rencontrent Radja, un jeune marginal, sur le parking du supermarché. La mère de Daan saisit l’opportunité pour combler le vide laissé par la mort de son fils et décide de l’accueillir chez eux. Néanmoins, la cohabitation ne sera pas facile, la jalousie et le doute empoisonnant les esprits de Daan et de son père.

Le film présente plusieurs niveaux de lecture. En première approche, on peut saluer les talents du réalisateur et des acteurs qui ont su donner au film cette ambiance un peu malsaine et garder la tension du début à la fin. On ne sait trop que penser de Radja, qui semble obtenir les faveurs de la mère mais pousse Daan à chercher dans le passé de celui qu’il considère comme un intrus, afin de l’éloigner de la famille. Tout au long du film, les efforts des uns et des autres semblent se neutraliser et le réalisateur maintient cet équilibre pour garder l’ambiguïté quant à la vraie nature des protagonistes.

Et c’est là un des attraits principaux du film, le fait que le réalisateur ne juge pas, laissant la voie libre au spectateur pour se forger sa propre opinion sur la culpabilité des différents acteurs. Car dans Bastaard, chacun possède sa part d’ombre. Tous sont meurtris et en recherche de reconnaissance et d’amour.

En définitive, le spectateur se posera longtemps après la fin du film la question de la culpabilité de chacun, du sens à donner à des gestes, anodins ou non, qui au final, auront contribuer à la chute des personnages. V.P.

Hellboy : vous reprendrez bien un petit remake ? 

Après Pet Sematary, le BIFFF nous gratifie d’un second remake cette année avec le tant attendu (redouté?) Hellboy. Exit Guillermo Del Toro (ou Benicio, je sais plus à la fin!) place à Neil Marshall à qui l’on devait les très réussis Dog Soldiers et The Descent. Pas non plus de Ron Perlman pour incarner notre Diable Rouge préféré après Romelu Lukaku puisque c’est David Harbour qui reprend les cornes. Et pour ça, ON S’INSURGE !

Non mais sérieusement ! Diffuser Hellboy un an après avoir invité Guillermo Del Toro (ou Benicio, dans le doute) c’est un peu comme aller coucher avec sa nouvelle copine en utilisant le même préservatif qu’avec ton ex. ÇA NE SE FAIT PAS, MERDE ! Consciente de la grogne qui montait dans les travées du BIFFF, l’organisation nous proposait une activité divertissante avant la projection avec le retour de la mythique course en rafting sur le public avec le Magic Land. Mais cela ne suffisait malheureusement pas à calmer la colère des fans déchaînés qui se mettaient à invectiver les acteurs sur le grand écran et à lancer des fumigènes et autres appareils pyrotechniques sur la scène en signe de protestation. Un premier avertissement de Stéphane suivi d’une courte interruption ne changeait rien : le film était définitivement interrompu peu après la demi-heure et Hellboy se voyait gratifier d’une note de forfait. Comment ça je me suis trompé avec la chronique de Standard – Anderlecht ? T’es de la police ?

Le film sinon ? Ah il est cool hein. Des démons, du sang partout (plus que dans l’original), des bastons, Mila Jovovich, le full package. Merci bonsoir. O.E.

The Furies : produit de contrefaçon 

La scène se déroule le vendredi 12 avril aux alentours de 00h30 (oui je sais, si c’est aux alentours de 00h30 c’est le 13 avril, tu sais compter les jours comme un grand tu veux une médaille ?). Déambulant dans les couloirs du BIFFF, notre victime voit son œil attiré par une projection dans le ciné 2. “Tiens tiens, un film australien. C’est sympa d’habitude. Bien gore et puis ça ira parfaitement pour accompagner ma bouteille de maitrank.” D’autant que la publicité du vendeur était alléchante. On nous parlait d’une “plus-value” mystérieuse, d’une “avant-première mondiale qui risque de faire du bruit”. Bref, la bonne affaire.

Sauf qu’après dix minutes de films, on n’avait pas besoin de Julien Courbet pour nous dire que nous nous trouvions devant une odieuse contrefaçon. Et comme pour les Nike que j’ai achetée l’an dernier à Ouarzazate, plusieurs éléments auraient dû nous donner la puce à l’oreille. À commencer par la durée du film: 1h20 seulement. Alors 1h20 ça peut paraître long (insérer une blague sur les mamans ici) mais dans ce cas-ci, ça pue.

Bref, entre un jeu d’acteur trop souvent poussif, un scénario écrit sur une feuille de PQ et une absence totale de rythme, ce The Furies ne tient pas la route. Et comme quand j’ai acheté mes fameuses “Naikeuh” à Ouarzazate, on en ressort avec le sentiment de s’être un peu fait baiser dans le processus. La hess totale. O.E.

Vincent Penninckx
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Journaliste du Suricate Magazine