Le circuit Mandelberg : intimisme spectaculaire

Le circuit Mandelberg

scénario : Denis Robert
dessin : Franck Biancarelli
éditions : Dargaud
sortie : 02 octobre 2015
genre : thriller, anticipation

À mi-chemin entre le thriller hollywoodien et une science-fiction plus introspective, Le circuit Mandelberg réserve quelques belles surprises.

L’histoire du Circuit Mandelberg remonte à déjà quelques années. En 2009, le journaliste d’investigation Denis Robert publie le roman d’anticipation Dunk. En 2013, il en scénarise l’adaptation éponyme sous forme d’une bande dessinée annoncée comme une trilogie,  avec la parution du tome 1, Naissance d’un héros. Deux ans plus tard, les éditions Dargaud publient enfin l’histoire dans son intégralité avec l’album qui nous intéresse aujourd’hui.

En 2029, les paris sportifs sont devenus plus lucratifs que le trafic de drogue. Logiquement, un haut niveau de corruption est présent au sein de l’industrie sportive. C’est ainsi qu’après avoir joué le match de sa vie, le basketteur professionnel Steve Moreira se retrouve en mauvaise posture. En ayant mené son équipe à la victoire, il s’est également mis à dos ses employeurs, bien décidés à truquer le match. Poursuivi par des hommes de mains, Steve n’a d’autre choix que de s’enfuir.

Il faut reconnaître que le postulat de départ se révèle fortement classique, voire même cliché. Néanmoins, le récit va prendre un tour surprenant avec l’arrivée du héros en France. Là, Paul Netter, un riche homme d’affaire atteint de la maladie d’Alzheimer, l’attend avec impatience. Difficile d’en dire plus sans déflorer une intrigue documentée imaginant de nouvelles perspectives à la neuroscience. Bien que l’on puisse regretter qu’il ne survienne pas plus tôt , ce changement de direction passionnant, s’il tranche forcément avec le récit, en constitue néanmoins l’aboutissement. Chaque élément s’emboite ainsi peu à peu, aidant à comprendre les agissements du personnage principal jusqu’à une fin plutôt abrupte qui fait regretter un développement trop rapide.  D’autant que les idées abordées éveillent de nombreux questionnements pertinents qui constituent le réel intérêt de cet essai un peu bancal mais néanmoins ambitieux.

Le dessin de Franck Biancarelli, bien qu’un peu figé, harmonise les transitions entre les différents niveaux de l’histoire. L’ oscillation entre intimisme et spectaculaire est ainsi tempérée par le style détaillé du dessinateur, qui contribue également à la crédibilité de l’aspect “médical” du Circuit Mandelberg. Car les deux auteurs ne ménagent pas leurs efforts pour rendre tangible le monde qu’ils ont choisi de nous présenter.  Denis Robert emplit ainsi son scénario de nombreux détails mettant en lumière une situation géopolitique trouble. Car dans ce futur proche, les écarts entre les différentes classes sociales se sont encore creusés. Le constat glaçant de l’auteur apporte un fond bienvenu à une bande dessinée qui n’hésite cependant pas à verser dans l’action. En effet, le récit est rythmé par de nombreux affrontements qui s’avèrent néanmoins répétitifs, ne serait-ce que dans leurs issues. Ils participent cependant d’une vision désenchantée sur un univers impitoyable, où les meurtres demeurent impunis lorsqu’ils sont organisés par des personnes puissantes.

A propos Guillaume Limatola 126 Articles
Journaliste

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