Une amitié singulière: plongée complexe au cœur de Londres

Scénario : François Rivière
Dessin : Floc’h
Éditeur : Dargaud
Sortie : 05 juin 2020
Genre : Roman graphique, intégrale

Une amitié singulière se présente comme une tapisserie qui se tisserait de fiction tout autant que de faits réels. N’arrêtons d’ailleurs pas là la métaphore, puisque, dès les premières pages, cette BD entreprend de démêler la relation d’amitié qu’ont nouée, au fil des années, nos deux protagonistes principaux, Francis Albany et Olivia Sturgess. Le fil de ce lien particulier se débobine au fur et à mesure des pages et des différents épisodes précédemment publiés qui sont habilement rassemblés ici en une belle intégrale aux allures de roman graphique.

Sur la route du thriller

Mais que l’on ne s’y trompe pas, cette amitié n’est qu’un fil conducteur : il se contente d’assembler ce patchwork cohérent cousu aux couleurs de l’Angleterre et n’a pas la prétention d’en être le principal message. En effet, ce qui ressort de cette œuvre complexe, c’est surtout le goût pour le polar et le thriller qui se construit au travers de différentes enquêtes réalisées par nos deux protagonistes principaux.

 L’auteur, François Rivière, y fait la part belle au théâtre, à la littérature et même au cinéma. On ne compte en effet pas les nombreuses références aux différents artistes anglais tels que David Hockney, David Lean, Vernon Lee et autres Agatha Christie qu’Olivia et Francis côtoient dans un jeu de miroirs, de question-réponses entre la réalité et la fiction rien de moins que vertigineux. Quoi de plus normal, me direz-vous, que ces éléments littéraires se reflètent dans cette œuvre puisqu’ils font partie intégrante de la vie de François Rivières, également critique littéraire et scénariste qui voit ici une occasion de plus de brouiller les pistes en mêlant son expérience à la fiction.

Mise en abîme

Il y aurait beaucoup à dire sur ce jeu de mise en abîme qui se poursuit plus loin dans l’effacement de la frontière entre l’œuvre et le monde réel. Il s’agit d’un thème central qui parcoure Une amitié singulière et apparaît dès Le rendez-vous de Sevenoaks où les personnages d’un récit prennent vie dans celle de leur auteur et se poursuit en se déclinant sous toutes ses formes, soit en prenant des allures de récit sur lequel un rideau vient se fermer (Blitz), ou en se présentant comme le récit documentaire de la vie d’Olivia Sturgess qui est elle-même tout à la fois écrivaine et personnage fictif de ce roman biographique (Olivia Sturgess, 1914-2004).

Bref, dans cette imbrication de récits enchâssés dont il est difficile de rendre compte, on s’attache aux couleurs au charme désuet et on s’accroche à la ligne claire de Floc’h comme à une corde de rappel pour traverses ces abysses de complexité. Gare à la chute, mais si les traversées périlleuses à travers la culture littéraire londonienne sont votre tasse de thé, à lire sans modération.

Nassima Cherke
A propos Nassima Cherke 45 Articles
Journaliste du Suricate Magazine