How will it end? met en lumière les artistes libanais à la Fondation Boghossian

Mounira Al Sohl, Lackadaisical Sunset to sunset, 2021
Mounira Al Sohl, Lackadaisical Sunset to sunset, 2021

Point de connexion entre l’Orient et l’Occident, le Liban est au cœur de la nouvelle exposition de la Fondation Boghossian à la Villa Empain à Bruxelles. How will it end? met en lumière une série d’artistes libanais évoquant leur pays au travers son histoire, avec ses moments troubles et difficiles.

Une exposition autour d’un territoire

Contrairement aux précédentes expositions de la Fondation Boghossian, How will it end? ne se base pas sur un thème précis. Ici, le plus important est le territoire : le Liban et ses artistes, qu’ils y habitent ou qu’ils soient partout ailleurs dans le monde. L’exposition offre un dialogue intergénérationnel entre les artistes libanais. La méthodologie y est également différente. Louma Salamé, la directrice de la Fondation Boghossian et curatrice de l’exposition, explique ne pas savoir au début de l’organisation de l’exposition quelle direction celle-ci prendra. C’est un cheminement particulier, avec cependant un point de départ chronologique : la révolution d’octobre 2019, un effondrement politique et économique qui lance l’exposition.

Christian Sleiman, A city guide for treehuggers , 2020-en cours
Christian Sleiman, A city guide for treehuggers, 2020-en cours.

La narration est articulée autour de moments de fragilité dans l’histoire du Liban, des conséquences et des actions civiques qui découlent de ceux-ci. Motivés par différents facteurs, les artistes offrent leur vision du pays depuis ces dernières années. La double explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020 a entièrement dévasté la ville. Pour beaucoup d’artistes libanais exposés, il y un sentiment d’être porteur d’un message, de documenter, de témoigner des évènements, du contexte actuel du pays.  Certains ressentent un sentiment d’hésitation constant entre la nécessité de se souvenir et le désir d’oublier. A contrario, une partie d’entre eux évoquent un moment de vide créatif, de suspens dans leur vie qui les empêche de créer et les fait questionner leur rapport à la créativité et au métier d’artiste.

Des artistes aux perspectives singulières

Chaque pièce de la Villa présente au spectateur une thématique précise, comme différentes étapes d’acclimatation à un nouveau mode de vie. Représentant des scènes de révolution comme témoin des déplacements de l’artiste, la série de dessin October 17, 2019 Diaries of the Lebanese Revolution, d’Abed Al Kadiri est présentée au premier étage. Les traits rouges et noirs marquent les dessins sur un papier blanc semblant très fin, contraste marquant entre force et fragilité. It’s to black or white, l’œuvre/performance réalisée par Abed Al Kadiri pour l’exposition laisse découvrir par gommage un groupe d’oiseaux s’envolant. La scène de migration évoque celle de certains artistes libanais ayant fui leur pays.

Abed Al Kadiri, It’s not black or white, 2021
Abed Al Kadiri, It’s not black or white, 2021.

Le thème Conversation de salon présentée dans la chambre de monsieur marque un basculement dans l’exposition. Ici, on évoque la créativité et la convivialité, le besoin de revenir à un présent plus calme en s’inspirant de scènes passées. Les œuvres vidéo témoignent de scènes de vie d’un quotidien passé, des scènes banales de jeux de cartes pour l’artiste Maya Yammine, et des conversations dans un salon à l’heure du thé avec l’artiste franco-libanaise Danielle Arbid.

La nature étant restreinte à Beyrouth, certains artistes ressentent le besoin d’effectuer un retour aux sources. Celui-ci s’opère par un retour à la nature pour des artistes qui ont momentanément quitté Beyrouth pour rejoindre leur famille plus isolée dans leur village natal, loin du tumulte de la capitale. La nature leur inspirant un nouveau souffle créatif et leur offre de nouveaux sujets et l’exploitation de nouvelles méthodologie de travail.

Maya Yammine, 14, 2017
Maya Yammine, 14, 2017.

La vie continue, dernière pièce de l’exposition, expose les signes d’espoirs fébriles apparut après l’explosion. Certains artistes continuent de créer de la même manière et des actions civiques sont nées d’une de la solidarité des Libanais et des autres pays venus en aide. Ces artistes tels que Raed Yassin et Mireille Kassar montrent la vie telle qu’elle continue d’exister, à travers des paysages colorés et des enfants jouant sur la plage.

Au travers du regards de tous ces artistes, How will it end? dresse un portrait d’un Liban qui combat pour garder sa créativité et qui nourrit un espoir tangible. Chaque artiste offre sa vision et son ressenti sur le climat actuel du pays plongé dans l’instabilité depuis plusieurs décennies.

Infos pratiques

  • Où ? Fondation Boghossian, Villa Empain, Avenue Franklin Roosevelt, 67, 1050 Bruxelles.
  • Quand ? Du 2 décembre 2021 au 6 février 2022, du mardi au dimanche de 11h à 18h.
  • Combien ? 10 EUR. Différents tarifs réduits possibles.
A propos Anaïs Staelens 42 Articles
Journaliste du Suricate Magazine