Flamboyant, l’art de vivre dans les années 30 à la Villa Empain

Salon de musique © Lola Pertsowsky
Salon de musique © Lola Pertsowsky

Flamboyant, la nouvelle exposition de la Villa Empain (Fondation Boghossian), offre un voyage dans le passé, un retour aux années 1930, en transformant le lieu, le temps de l’exposition, en maison d’un collectionneur fictif.

Aucune époque n’aurait été mieux adaptée pour la Villa Empain, ancienne demeure dans le style Art Déco reconvertie en espace dédié à l’art contemporain. Cette période d’entre-deux-guerres à été très féconde pour la création artistique en Europe. De nombreux courants artistiques, pouvant aussi être littéraires, architecturaux, ou cinématographiques, voient le jour à cette époque. L’esthétisme, la culture et l’art de vivre dans un lieu domestique évolue.

Ici, l’exposition montre l’art de vivre et de recevoir. Débute aussi dans ces années une soif de nouveauté, d’amusement et de distraction. Un mouvement de libération des femmes se dévelope, les coupes de cheveux raccourcissent, ainsi que les robes. S’ajoute à ces notions de progrès et d’innovation l’idée de mouvement, une allégorie de la vitesse, grâce au développement des voitures, des avions et des chemin de fer dans toute l’Europe.

Le mot flamboyant tire son étymologie de « brûlant », et signifie par extension « qui produit de l’éclat ». L’exposition regroupe plus de 150 pièces, comprenant entre autres des peintures, des affiches, des meubles, des objets décoratifs et des vêtements, datant des années 30. Ces pièces sont prêtées par différents musées, galeries, et surtout par beaucoup de collectionneurs. Chaque pièce a une thématique et une fonction précise, tout en suivant la scénographie logique de l’espace, à savoir un authentique lieu de vie. L’exposition met en avant le lien qu’avaient les artistes entre eux, s’ils se connaissaient, provenaient des mêmes écoles ou appartenaient aux mêmes courants.

Quelques pièces en détail

La chambre d’enfant réunit des jouets en bois, une tour germanique de Noël, des ours en peluches, des vêtements d’enfant. S’ajoutent à tout ces objets usuels deux oeuvres issues du surréalisme, mouvement né dans les années 1920 et qui revendique des procédés, des créations et des expressions utilisant des forces psychiques, oniriques. L’homme aux yeux, peinture de Francis Picabia (France) joue sur la démultiplication du regard, et un tapis intitulé Afrique du nord de Joan Miro (Espagne) qu’André Breton qualifiera « du plus surréaliste d’entre nous » dans son Manifeste du surréalisme.

Chambre d’enfant, Rodolphe Strebelle, Portrait d'Olivier s.d. Huile sur toile, Province of Walloon Brabant Collection © Lola Pertsowsky
Chambre d’enfant, Rodolphe Strebelle, Portrait d’Olivier s.d. Huile sur toile, Province of Walloon Brabant Collection © Lola Pertsowsky

La chambre est dédié à l’abstraction et présente une oeuvre de Vassily Kandinsky (Russie), Contact, une des figures majeures de l’art abstrait. Fondateur du mouvement Le cavalier bleu en 1911 et professeur au Bauhaus de 1922 à 1933, Kandinsky est un théoricien de l’art. Il génère un alphabet de formes universel comme moyen de communication. Selon lui, l’artiste peut voir comment la société se réunifie grâce à l’art. L’abstraction s’oppose aux représentations figuratives et narratives, le courant voit sa continuité dans l’abstraction lyrique, l’abstraction géométrique et l’action painting.

Le bureau est reconstitué comme le serait celui d’un entrepreneur de l’époque, à l’image du fondateur de la villa. Ici, on est confronté à une idée nouvelle à l’époque, la démocratisation du meuble signé par un artiste ou un designer. Suite à l’exposition des Arts Déco de Paris en 1925, les architectes et les designers transforment la modernité, l’accès à un confort domestique moderne apparaît. La pièce renvoie également à l’idée du Bauhaus, école allemande des années 20 qui prône la cohabitation esthétique avec le design industriel.

Bureau de Monsieur, Oscar Jespers. Bahut / Dressoir, 1920, Bois. Courtesy Jean-François Declercq © Lola Pertsowsky. Robert Mallet-Stevens, "Hall" dans Une Ambassade Française, Société des artistes et décorateurs, éd. Charles Moreau, 1925, planche XLVI, 1925. Encre sur papier © CIVA, Brussels © Lola Pertsowsky
Bureau de Monsieur, Oscar Jespers. Bahut / Dressoir, 1920, Bois. Courtesy Jean-François Declercq © Lola Pertsowsky. Robert Mallet-Stevens, “Hall” dans Une Ambassade Française, Société des artistes et décorateurs, éd. Charles Moreau, 1925, planche XLVI, 1925. Encre sur papier © CIVA, Brussels © Lola Pertsowsky

La maison se compose également d’un fumoir, signe de luxe, appelé l’Oasis sur le thème de l’Afrique, du papier peint à la lampe palmier, en passant par la peinture de Kees Van Dongen (Pays-Bas), Femme debout dans le jardin. Le salon intime et le dressing évoque la libération du corps féminin, la musique, et la danse. Une salle est réservée à une série d’affiches, dont une de René Magritte (Belgique) et une de Paul Colin (France), l’un des meilleur affichistes de l’époque.

Fumoir L’Oasis, Kees Van Dongen, Femme debout dans le jardin, 1912-13, Huile sur toile. Private collection, Geneva © Lola Pertsowsky
Fumoir L’Oasis, Kees Van Dongen, Femme debout dans le jardin, 1912-13, Huile sur toile. Private collection, Geneva © Lola Pertsowsky

Helipolis, la ville rêvée

Au niveau -1 se trouve une seconde exposition, intitulée Heliopolis, du nom de cette ville mystérieuse de l’Egypte ancienne qui est à la base de la création du monde par le dieu solaire. La ville est sacrée depuis. Connue en Orient comme en Occident, elle inspira le baron Empain qui se rendit en Egypte, près du Caire pour bâtir sa propre ville, baptisée Heliopolis.

L’exposition regroupe des pièces d’Egypte antique provenant de différentes collections belges, des collections d’Anvers, du musée royal de Marieront, des Musées Royaux d’Arts et d’Histoire. La scénographie répond à un code couleur présent sur les murs, le brun dans la première pièce évoque la couleur d’une roche proche d’Heliopolis. Le vert de la seconde pièce renvoie au vert du sycomore sous lequel la vierge se serait abritée avec l’enfant Jésus lors de la fuite en Egypte. Finalement le jaune de la dernière pièce évoque le sable, duquel la ville s’élève.

Gravure représentant Heliopolis
Gravure représentant Heliopolis

Infos pratiques

  • Où ? Villa Empan – Fondation Boghossian, Avenue Franklin Roosevelt, 67, 1050 Bruxelles.
  • Quand ? Du mardi au dimanche de 11h à 18h, du 28 mars au 24 août (19 août pour Heliopolis).
  • Combien ? 10 EUR au tarif plein. Plusieurs tarifs réduits disponibles.
Anaïs Staelens
A propos Anaïs Staelens 12 Articles
Journaliste du Suricate Magazine