« Hourra l’Oural encore », à la découverte de la Russie profonde

Titre : Hourra l’Oural encore
Auteur : Bernard Chambaz
Editions : Paulsen
Date de parution : 27 août 2020
Genre : Essai, récit, voyage

Prix Goncourt du Premier roman en 1997 pour L’Arbre de vies, Bernard Chambaz nous propose avec Houra l’Oural encore un récit de voyage à la découverte d’une autre Russie, loin des illuminations de Moscou et St-Pétersbourg. Suivant à la lettre le conseil de Gogol, il s’est aventuré à l’intérieur des terres, mû par sa curiosité et son amour du peuple russe afin de mieux comprendre la Russie d’aujourd’hui.

Dans ce récit de voyage peu ordinaire, le lecteur croisera des météorites, suivra une enquête sur la disparition étrange de géologues il y a cinquante ans, échappera à un accident d’avion, verra des camions rouler sur la Kama gelée, visitera le camp de Perm-36 et les monastères de Verkhotourié, sillonnera Ekaterinbourg sur les traces des Romanov, découvrira Tcheliabinsk et son formidable musée des tracteurs à défaut de la centrale nucléaire de Majak, le site archéologique exceptionnel d’Arkaïm qui date de l’âge du bronze, avant d’admirer sous un ciel gris et déjà froid la modernité de la capitale bachkire.

Loin de la poésie de propagande déclamée par Aragon dans Houra l’Oural, l’auteur nous montre la situation souvent inconfortable dans laquelle sont plongés les habitants de ces régions, victimes du délabrement du système soviétique et oubliés du système actuel qui ne privilégie que les puissants. Amoureux des livres, il se laisse guider par les écrits de Pasternak et Chalamov, partant sur les traces de ces auteurs et mesurant le pouvoir polémique de leurs œuvres dans la Russie actuelle.

Quand on pense récit de voyage, nous avons tous en tête des images dépaysantes, des rencontres étonnantes, des éléments qui nous incitent à quitter notre fauteuil et à partir, à tout le moins en rêve, vers des contrées lointaines. La lecture d’Houra l’Oural encore satisfera à certains de ces critères. Même s’il ne fait pas – à proprement parler – rêver, ce récit emmènera le lecteur dans des endroits qu’il n’aurait sans doute jamais visités, et parvient également à sonder à une très modeste échelle, la population russe actuelle sur ses conditions de vie. Enfin, il incitera les russophiles à se replonger dans les œuvres des écrivains mentionnés dans cet ouvrage. D’excellentes raisons donc, pour partir à la découverte de la culture russe.

A propos Vincent Penninckx 193 Articles
Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine