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    Focus sur les shops du BIFFF 2026 – The Skull 

    Chaque année, le BIFFF ne se contente pas de projeter des films : il déploie tout un écosystème où la culture du cinéma de genre se vit, se manipule et se collectionne. Entre deux séances, les allées du festival deviennent un véritable terrain de chasse pour passionné·es, où se croisent objets cultes, éditions rares et souvenirs chargés d’affect.

    Derrière ces stands, il n’y a pas de simples vendeur·euses, mais des figures habitées par leur passion, qui participent pleinement à l’identité du BIFFF. Certain·es perpétuent une tradition familiale vieille de plusieurs décennies, comme du côté de The Skull, librairie emblématique dédiée à la bande dessinée et à la culture de genre.

    Trois stands, trois trajectoires, mais une même envie : transmettre, partager, faire revivre. À travers ces trois entretiens, c’est toute une cartographie sensible du BIFFF qui se dessine — celle d’un festival où le cinéma déborde largement de l’écran pour s’ancrer dans le réel, entre les mains de celles et ceux qui le font vivre au quotidien.

    Rencontre avec la boutique The Skull : une institution bruxelloise au cœur du BIFFF

    Bonjour, pour commencer : la boutique The Skull est bien située à Saint-Gilles, si je ne m’abuse ?

    Oui, tout à fait.

    Depuis combien d’années participez-vous au BIFFF, et comment définiriez-vous l’univers et l’identité de votre boutique ?

    Nous avons un stand permanent au BIFFF depuis 2010, c’est-à-dire depuis que le festival s’est installé à Tour & Taxis. À l’époque où il se tenait au Passage 44, il n’y avait pas assez d’espace pour accueillir des boutiques. Cela dit, mon père y était déjà présent auparavant : dès la fin des années 80 et durant toutes les années 90, il vendait des affiches de cinéma sur de petites tables.

    Justement, The Skull est une affaire de famille ?

    Oui. La boutique a été fondée par mes parents en 1970. Elle était d’abord située rue du Germoir à Ixelles pendant quelques années, avant de déménager en 1976 à son adresse actuelle : chaussée de Waterloo 336, à Saint-Gilles. Nous y vendons de la bande dessinée depuis plus de 50 ans — 56 ans cette année.

    Comment définiriez-vous l’identité de la boutique aujourd’hui, ainsi que votre clientèle et vos valeurs ?

    À l’origine, mon père importait des comics américains. Le nom “The Skull” vient d’ailleurs d’un personnage issu de ces univers. À l’époque, dans les années 70, il commandait directement aux États-Unis. Les livraisons prenaient plusieurs mois, puisqu’elles arrivaient par bateau, mais cela nous permettait de proposer des comics difficiles à trouver ailleurs. Parallèlement, il développait une offre en bande dessinée franco-belge, avec des auteurs comme Franquin ou Hergé, ainsi qu’un large choix de romans de science-fiction et d’ouvrages liés au cinéma de genre.On peut dire que nous faisons partie des premières librairies spécialisées en bande dessinée de genre à Bruxelles, et même en Europe. Avec le temps, l’offre a évolué : la BD s’est diversifiée, puis le manga est arrivé dans les années 2000 et a pris une place importante.

    On peut dire que ce qui était autrefois une boutique de niche s’est aujourd’hui largement démocratisé ?

    Oui, tout à fait. Et c’est plutôt positif pour nous. D’ailleurs, beaucoup de librairies spécialisées ouvertes dans les années 80 ont été créées par d’anciens clients de la boutique.

    Avez-vous également une boutique en ligne ?

    Oui, nous avons un site internet. Nous y proposons surtout des bandes dessinées anciennes ou difficiles à trouver — des années 60 à 2000, des premières éditions — plutôt que les nouveautés, déjà largement disponibles ailleurs. Nous avons aussi une section consacrée aux affiches et objets de cinéma.

    Justement, cette partie cinéma fait-elle partie de l’identité de la boutique depuis le début ?

    Oui. Mon père était un grand passionné de cinéma. Il collectionnait affiches, photos de films et ouvrages spécialisés. À une époque, il récupérait en grande quantité des affiches de cinéma qui n’étaient plus exploitées en salle. Cela explique le stock important que nous avons pu constituer au fil des années. Aujourd’hui encore, nous poursuivons cette activité, même si le marché a évolué : les affiches belges, par exemple, ont cessé d’être produites au début des années 90.

    Qu’est-ce qui vous a personnellement amené à poursuivre cette aventure familiale ?

    Après la séparation de mes parents en 1976, c’est ma mère qui a repris la librairie. Mon frère et moi avons grandi dedans. Nous avions chacun nos goûts, ce qui permettait de conseiller une clientèle très variée. Quelqu’un pouvait toujours trouver un interlocuteur qui correspondait à ses attentes. Dans les années 2000, nous avons structuré l’activité en société familiale. Aujourd’hui, c’est surtout mon frère qui est aux commandes.

    Vous faisiez aussi des voyages pour aller chercher des ouvrages ou des affiches ?

    Oui, surtout en Angleterre à une époque. On partait le week-end avec une voiture vide et on revenait chargés de livres et d’occasions, notamment en faisant le tour des distributeurs à Londres. Le lundi matin, les clients faisaient déjà la file pour découvrir ce qu’on avait ramené. Avec Internet, ces pratiques ont évolué, et aujourd’hui l’import est devenu beaucoup plus complexe, notamment avec les droits de douane. Nous travaillons donc principalement avec des distributeurs belges et français.

    Si vous deviez recommander une seule œuvre à quelqu’un qui découvre votre boutique ?

    Je recommanderais du Franquin, sans hésiter. Par exemple Gaston Lagaffe ou Spirou et Fantasio. Pour moi, Franquin est un maître absolu de la bande dessinée, autant pour son humour que pour son dessin. Il a aussi exploré des registres plus sombres avec Idées noires.

    Et si vous ne deviez emporter qu’un seul objet de la boutique sur une île déserte ?

    Je prendrais une intégrale de Franquin que j’ai chez moi, qui regroupe Gaston Lagaffe, Spirou et Idées noires. Elle est encore sous blister, donc ce serait l’occasion idéale de l’ouvrir. Si je devais choisir un film, ce serait La Conquête de l’Ouest, que j’ai vu en projection Cinerama. Une expérience marquante.

    Un dernier mot pour nos lecteurs ?

    La boutique continue d’évoluer. Nous proposons désormais aussi des cartes à collectionner, comme Pokémon ou One Piece. Ce qui est intéressant, c’est de voir revenir les jeunes vers la lecture. Le manga a clairement joué un rôle dans ce retour, et beaucoup commencent par là avant de découvrir d’autres types de bandes dessinées. Et au fond, c’est ça le plus important : que les gens continuent à lire.

    Entretien réalisé auprès de M.Coune, co-gérant de la librairie The Skull

    Nicolas Vanderstraeten

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