Chaque année, le BIFFF ne se contente pas de projeter des films : il déploie tout un écosystème où la culture du cinéma de genre se vit, se manipule et se collectionne. Entre deux séances, les allées du festival deviennent un véritable terrain de chasse pour passionné·es, où se croisent objets cultes, éditions rares et souvenirs chargés d’affect.
Derrière ces stands, il n’y a pas de simples vendeur·euses, mais des figures habitées par leur passion, qui participent pleinement à l’identité du BIFFF. Certain·es arpentent conventions et festivals pour partager leur amour du cinéma fantastique et d’horreur à travers des éditions parfois introuvables, à l’image de RKD Vidéo.
Trois stands, trois trajectoires, mais une même envie : transmettre, partager, faire revivre. À travers ces trois entretiens, c’est toute une cartographie sensible du BIFFF qui se dessine — celle d’un festival où le cinéma déborde largement de l’écran pour s’ancrer dans le réel, entre les mains de celles et ceux qui le font vivre au quotidien.
RKD Vidéo : du rêve de vidéoclub à la passion du cinéma de genre

Pour commencer, j’ai juste besoin que tu me rappelles le nom exact de la boutique. Tu m’avais parlé de deux appellations…
Alors, “Vidéoland”, c’est uniquement pour le BIFFF. Le vrai nom, celui de la future boutique, ce sera RKD Vidéo.
RKD Vidéo, donc. Et depuis combien d’années viens-tu au BIFFF ? Quelle est l’identité de ta boutique ?
Je viens au BIFFF depuis 2012. L’identité de la boutique, c’est tout ce qui touche au fantastique et à l’horreur, vraiment dans la ligne du festival. C’est aussi mon genre de prédilection, donc ça donne encore plus de sens à ce que je fais. L’idée, c’est de proposer ce que les gens ne trouvent pas facilement ailleurs : des pièces un peu rares, des éditions spécifiques. Je travaille aussi avec des éditeurs français qui sont peu distribués en Belgique, ce qui me permet de les faire découvrir ici, au BIFFF.
Et au niveau de ta clientèle ?
Ici, c’est une clientèle de passionnés. Des amateurs de cinéma de genre, très investis. Ce qui est génial, c’est l’échange : on peut discuter des films, conseiller, partager des références. Il y a une vraie osmose. Pour moi, c’est clairement le meilleur public pour vendre ce type de films.
Et en dehors du BIFFF, tu gardes le contact avec cette clientèle ?
Oui. Je fais des conventions un peu partout en Belgique : des Comic Con, des événements à Liège, au Luxembourg, à Mouscron… Et je travaille actuellement sur une boutique en ligne, qui devrait voir le jour d’ici la fin de l’année, ou début de l’année prochaine.
Tu n’as donc pas encore de boutique physique ?
Pas encore, mais c’est le projet.
Justement, quelle est l’histoire de ce projet ? Qu’est-ce qui t’a amené là-dedans ?
À la base, mon rêve, c’était d’avoir un vidéoclub, à la fin des années 90. Mais le modèle a commencé à disparaître, donc j’ai dû repenser les choses. Comme j’avais déjà une autre activité, je me suis orienté vers l’événementiel. J’ai commencé par un événement, puis deux… et progressivement, ça a pris de l’ampleur. Aujourd’hui, j’ai un planning bien rempli sur l’année.
Donc une passion qui est devenue un métier ?
Exactement !
Et ça t’est “tombé dessus” ou tu as œuvré pour en arriver là ?
J’ai quand même œuvré. C’est une vraie passion, je ne compte pas mes heures. Je peux travailler 15 heures par jour sans problème, ça ne me pèse pas.
Tu travailles seul ?
Non, c’est une aventure familiale. Ma femme m’aide de temps en temps, mes enfants aussi, ainsi que mes beaux-enfants. Tout le monde est passionné de cinéma de genre.
À quel moment ton projet est devenu concret ?
Je pense que ça s’est vraiment joué lors de ma première participation au BIFFF. Ça a été un déclic. Le public m’a marqué : la passion, l’énergie, les échanges… Ça a été une révélation. À partir de là, j’ai su que c’était ce que je voulais faire.
Donc plus une révélation qu’une opportunité ?
Oui, clairement. Et puis ça m’a permis de développer encore plus ma passion. Sur un festival comme celui-là, tu rencontres des profils très variés, avec des goûts très différents. Ça t’ouvre à plein de choses que tu ne connaissais pas forcément.
Tu restes donc attentif aux envies de tes clients ?
Oui, complètement. Ça influence aussi mes choix, mes commandes. Chaque année, j’essaie de développer un peu plus la boutique.
Tu voyages parfois pour trouver des pièces rares ?
Oui, surtout en France. Je travaille avec plusieurs éditeurs avec qui je suis en contact direct. Ils sont contents que je représente leurs produits en Belgique, où ils sont parfois mal distribués.
Tu peux en citer quelques-uns ?
Oui, par exemple Le Chat qui Fume ou Artus Films. Ce sont deux éditeurs importants pour moi.
Tu cherches aussi à créer un pont entre la France et la Belgique ?
Oui. L’idée, avec la future boutique en ligne, c’est de permettre aux clients belges d’accéder plus facilement à ces catalogues, avec des frais de livraison réduits, voire la possibilité de venir chercher les produits sur place quand la boutique physique sera ouverte.
Tu envisages de collaborer avec d’autres boutiques ?
Non, pas spécialement. Je préfère garder la maîtrise du projet. C’est mon “bébé”, ça fait des années que je travaille dessus, donc j’ai envie de construire quelque chose de cohérent à mon image.
Tu sais déjà où tu vas t’installer ?
Oui, ce sera chez moi, à Sombreffe, dans la région namuroise. On est en train d’aménager un espace dédié. L’objectif, c’est une ouverture d’ici la fin de l’année.
Est-ce qu’il y a une manière de soutenir ton projet à ce stade ?
Pour l’instant, pas spécialement. L’idée, c’est surtout de proposer quelque chose de professionnel et accessible à tous les passionnés.
On va passer à une question plus personnelle : si tu devais conseiller un seul article de ta boutique, un incontournable, lequel serait-ce ?
Je dirais Mad Max. Ce n’est pas de l’horreur pure, mais pour moi, c’est essentiel. C’est une saga qui m’a fait aimer le cinéma. J’adore l’univers post-apocalyptique, la vision de George Miller, le personnage incarné par Mel Gibson… C’est aussi un film populaire, donc ça permet de créer facilement du lien avec les gens.
Et si tu devais partir sur une île déserte avec un seul film de ta boutique ?
Je prendrais l’intégrale de Friday the 13th. C’est vraiment ma madeleine de Proust. J’ai découvert ces films à l’époque des vidéoclubs, et ils ont énormément compté dans mon amour du cinéma. C’est une saga qui m’accompagne depuis toujours.
Propos recueillis auprès de Richard, fondateur de RKD Videos / VideoLand
Nicolas Vanderstraeten
