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    Jim Queen : vous reprendrez bien un peu de références queers ?

    Ce jeudi 4 juin 2026 était présenté en avant-première belge le film Jim Queen (Marco Nguyen & Nicolas Athané), proposé dans une programmation conjointe entre Genres d’à côté et le Pink Screen Festival de Bruxelles, tout ceci au Cinéma Aventure. Votre serviteur a eu l’occasion et le privilège de découvrir ce florilège… Que dis-je ? Ce FESTIVAL de références queer, dans une proposition complètement « over the top » et franchement assumée, m’ayant offert un plaisir (mais pas prostatique) infini et me décrochant des rires sincères, fait rare pour un film que j’ai découvert en solitaire. Mais au-delà du rire, qu’y a-t-il derrière cette proposition qui a provoqué son petit séisme aux séances de minuit à Cannes ? Simple comédie LGBTQIA+ ou véritable produit de son époque qui s’empare d’un humour tantôt gras, tantôt irrévérencieux, tout en parvenant à nous faire passer un message ? Laissez-moi tout d’abord vous dresser un court portrait de ce Jim Queen.

    Jim Parfait est un influenceur parisien de renom, à la plastique parfaite et aux muscles saillants et bien galbés. Un sombre jour, sa vie bascule. En effet, Jim est homosexuel, et Il vient de contracter l’hétérose. Une maladie contagieuse qui finit par rendre hétérosexuels tous les hommes gays de la planète à une vitesse qui dépasse l’entendement. Afin de sauver son image et de ne pas subir l’hétérosexualité, Jim doit trouver à tout prix un remède. Dans cette quête, il sera accompagné de Lucien, un jeune homme qui possède en lui un grand pouvoir. En effet, sa prostate est capable de sécréter la chloroqueer, molécule qui pourrait être synthétisée afin de guérir tous les porteurs de l’hétérose. Jim & Lucien partent alors pour une grande aventure au sein des différentes communautés gays. Ensemble, ils espèrent trouver un remède à l’hétérose.

    Alors, autant le dire tout de suite : si vous êtes allergique à l’humour absurde, aux jeux de mots douteux, ainsi qu’aux références qui fusent à la vitesse de votre Grindr un samedi soir, il y a fort à parier que Jim Queen ne soit pas pour vous. Pour tous les autres, en revanche, Marco Nguyen et Nicolas Athané – duo de réalisateurs à l’origine du projet – signent ici une proposition particulièrement rafraîchissante dans le paysage de l’animation pour adultes.

    Impossible, d’ailleurs, de ne pas penser à certains illustres prédécesseurs. Dans sa direction artistique, son rythme et son irrévérence, Jim Queen évoque autant l’esprit des Kassos que celui de Peepoodo, avec parfois quelques teintes des Lascars. Du côté américain, on reconnaît une pâte Rick & Morty, principalement visuelle dans le film. L’histoire ne donne jamais l’impression de simplement copier ses influences, mais les sublime et les assume. Le métrage semble vouloir s’inscrire dans cette continuité tout en affirmant sa propre identité : profondément queer, profondément française, et surtout profondément consciente de son époque.

    Car derrière son postulat volontairement absurde – une pandémie transformant progressivement les hommes gays en hétérosexuels – , le film nous offre un regard sincèrement tendre sur les communautés qu’il met en scène. Et c’est probablement là sa plus grande réussite.

    Tout au long de leurs aventures, Jim et Lucien traversent différentes facettes de la culture queer. Bears, puppies, drag queens, twinks, fétichistes ou simples habitués des nuits parisiennes : le film multiplie les rencontres et les clins d’œil. Les références pleuvent littéralement à chaque minute. Certaines parleront à tout le monde, d’autres s’adresseront davantage à un public initié. Mais là où beaucoup de productions plus mainstream se contentent parfois d’effleurer ces réalités, Jim Queen les embrasse pleinement sans jamais nous donner la sensation d’être à côté. Bien au contraire.

    C’est peut-être ce que j’ai le plus apprécié durant la projection. Malgré son humour parfois très frontal (spoiler alerte : ça tourne pas mal autour du cucul. Après, on vient aussi pour ça.), le film reste accessible et va bien au-delà. Cet humour graveleux ne représente que la surface émergée du plug ! Le film ne donne jamais l’impression d’assister à une œuvre qui réserverait ses blagues à un cercle fermé de spectateur·ice·s. Même lorsqu’il aborde des réalités très spécifiques aux communautés LGBTQIA+, le scénario prend toujours soin d’embarquer tout le monde avec lui. Même les hétéros. Oui, oui. N’ayez pas peur.

    Cette accessibilité permet alors au long-métrage de développer quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’une simple succession de vannes. Car Jim Queen n’est pas seulement un film qui célèbre les communautés queer ; c’est aussi un film qui ose les regarder avec suffisamment d’amour pour en montrer certaines contradictions et certains travers.

    Les auteurs auraient pu se contenter de dresser un portrait idéalisé de leurs personnages… Ils font exactement l’inverse. Jim est arrogant, superficiel, parfois profondément agaçant. Il reproduit lui-même certains schémas de domination et de violence hérités d’une société hétéronormée qu’il pense peut-être avoir laissée derrière lui. Le film reconnaît certaines discriminations, des rapports de pouvoir ou des comportements toxiques qui existent à des degrés divers dans toute communauté. Et c’est précisément cette honnêteté qui rend son écriture aussi pertinente et touchante.

    Parce qu’à aucun moment Jim Queen ne donne l’impression de régler des comptes. Au contraire, en montrant des personnages imparfaits, faillibles, parfois contradictoires, le résultat donne un casting de personnages riches, bougrement bien écrits et dont les apparitions, même les plus furtives, restent mémorables. Il refuse d’en faire des symboles ou des porte-drapeaux figés. Avec leurs qualités. Avec leurs défauts.

    Cette évolution se retrouve évidemment au cœur de la relation entre Jim et Lucien. Leurs trajectoires empruntent des chemins relativement balisés que l’on reconnaît assez vite. Nous connaissons tous et toutes ce trope du mentor désabusé qui méprise son élève avant de découvrir qu’il avait énormément à apprendre de lui. Le film le sait, en joue et ne cherche jamais à nous faire croire le contraire. Et c’est très agréable. On sait où l’on va ! La question, c’est de savoir comment…

    Cette structure transforme alors le récit en une véritable quête initiatique aux accents de RPG. Entre pouvoirs quasi mystiques, sciences occultes, gaydar transformé en super-pouvoir et rencontres improbables, Jim Queen construit un univers cohérent dans son délire permanent. Un univers qui semble constamment prêt à partir dans tous les sens mais qui conserve pourtant un véritable fil rouge émotionnel. Et c’est probablement ce qui m’a le plus touché.

    Car derrière les jeux de mots, les références sexuelles, les chansons, les situations absurdes et les dizaines de blagues graveleuses, le film finit par révéler son cœur immense. À mesure que l’on avance vers le dernier acte, l’émotion s’invite progressivement sans jamais paraître forcée. J’avoue même avoir senti une petite larme pointer le bout de son nez dans le dernier quart du film.

    Objet politique nécessaire sans jamais devenir moralisateur, comédie irrévérencieuse sans jamais sombrer dans la vulgarité gratuite, lettre d’amour à la culture queer sans jamais tomber dans l’auto-congratulation, Jim Queen réussit un équilibre particulièrement délicat.

    J’ai beaucoup ri. J’ai appris deux ou trois choses. Et surtout, je suis ressorti de la salle avec cette sensation devenue trop rare : celle d’avoir passé un moment sincèrement généreux.

    Le film va probablement faire grincer quelques dents chez les plus farouches des réactionnaires, et c’est très bien ! Pour moi, c’est un immense oui.

    Une aventure drôle, intelligente, touchante et furieusement vivante que je ne peux que vous encourager à découvrir lors de sa sortie le 24 juin prochain dans nos salles belges.

    Ah, et au fait : je vous ai dit que Philippe Katerine doublait une prostate dedans ? Parce que franchement, c’est un sacré argument de vente.

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    Jim QueenRéalisateurs : Marco Nguyen et Nicolas AthaneGenres : Animation, ComédieActeurs et actrices : Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley SouagnonNationalités : France, BelgiqueDate de sortie : 24 juin 2026 Ce jeudi 4 juin 2026 était présenté en avant-première belge le film Jim Queen (Marco Nguyen...Jim Queen : vous reprendrez bien un peu de références queers ?