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    Mange, entre Jacques Demy et Requiem for a Dream

    Il est parfois des œuvres qui donnent envie d’écrire… Des œuvres inattendues, sincères, complexes et percutantes. C’est le cas de Mange, la nouvelle production du théâtre liégeois le Moderne !

    Pour nous, tout a commencé par hasard, par une recommandation au détour d’une conversation et par l’envie d’honorer une promesse. Rapidement, la salle s’est éteinte et la promesse a pris corps. Un « corps mémorable », selon la formule de Paul Eluard… 

    Entre le cinéma de Jacques Demy et Requiem for a Dream (Darren Aronofsky, 2000), la troupe du Moderne livre ainsi une fable dans laquelle ombre et lumière se succèdent tour à tour, et dans laquelle la riche musique dirigée par le liégeois Michel Jaspar animera les égarements alimentaires d’un héros qui, à force de vouloir mieux vivre oubliera comment bien vivre.

    Lors d’une soirée entre amis, un petit groupe de proches se lancera le pari fou de perdre dix kilos en vue du mariage de deux d’entre eux. Si la plupart des membres prendront ce pari à la rigolade, l’un d’eux, Thomas, souhaitera réussir ce défi ! Mais cette décision se transformera rapidement en obsession nutritive et en course effrénée pour un bien-être utopique.

    Vingt-trois comédiens accompagnés de quatre musiciens donneront ainsi vie à cette fable légère et musicale, qui saura néanmoins soulever de nombreux questionnements existentiels au détour d’un virage.

    Ainsi, Mange contient de nombreux niveaux de lecture qui donneront à l’œuvre une saveur particulière. Si Thomas deviendra parfois ridicule à force d’obsessions, la désinvolture de ses amis n’en sera pas moins répréhensible. En conséquence, les personnages seront tour à tour égoïstes, aveugles, condamnables, gentils, drôles et attachants, faits de zones d’ombre et de lumières : à l’image de la pièce tout entière qui saura intelligemment alterner le rire et les moments plus sérieux, comme un échantillon de vie où rien n’est jamais tout noir ou tout blanc.

    Ce faisant, Mange offrira un commentaire sur les solitudes que l’on se choisit parfois et dans lesquelles on s’enfonce à force d’aveuglement, mais également sur l’égoïsme de nos sociétés où le besoin d’être et de paraître n’a pas de limites. Derrière cela, la compagnie le Moderne égratignera nos illusions alimentaires : le « light » cache en réalité des produits transformés à l’excès, et les smoothies contiennent une grande quantité de pesticides. 

    Ainsi, la quête de simplicité alimentaire de Thomas entraînera celui-ci dans un labyrinthe gastronomique, et la présence d’un paysan qui apparaîtra çà et là sur scène nous rappellera qu’il fut un temps où tout était plus simple, soulevant ainsi la fâcheuse question : et si, autrefois, on vivait sans chercher à vivre ?

    Mange est ainsi une pièce riche, divertissante et complexe, dans laquelle chaque comédien trouvera sa place. La compagnie adulte et la compagnie enfants ont ainsi été mélangées sur scène pour offrir une œuvre multigénérationnelle laissant la parole à chacun.

    Si le hasard de l’existence nous a mené à découvrir cette pièce, il convient peut-être de considérer, à l’instar de Paul Eluard, qu’il n’y a pas de hasards, mais uniquement des rendez-vous. Il est donc des œuvres qui donnent envie d’écrire…

    Ne ratez surtout pas les dernières représentations qui auront lieu ces samedi 25 et dimanche 26 avril, avec deux dates supplémentaires les 1er et 2 mai. Mais, avant cela, offrez-vous un bon restaurant !

    Infos et réservations sur : https://lemoderne.be/spectacles/mange/

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