De La Comédie Kapel
Mise en scène Bernard Lefrancq
Avec Benoît Strulus, Bernard Lefrancq, Colette Sodoyez, Marc De
Roy, Diana Gonnissen-Oro, Mathilde Mazabrard, Gaëlle Paucot, Anne-Isabelle Justens et Alexis Lejeune
Du 19 juin au 12 juillet 2025
Au Parc Parmentier
Il y a des spectacles qui semblent avoir trouvé leur écrin idéal… Le Médecin malgré lui, dans le verdoyant Parc Parmentier à Woluwe-Saint-Pierre, fait indéniablement partie de ceux-là. Installé un verre à la main, au beau milieu d’un jardin où le bruissement des arbres se mêle aux éclats de rire du public, difficile de ne pas se laisser gagner par cette atmosphère de vacances que la Comédie Kapel cultive avec un plaisir communicatif depuis plusieurs années. Et finalement, avant même que Molière n’entre véritablement en scène, la soirée est déjà un peu réussie.
Il faut dire que Le Médecin malgré lui n’est pas forcément la pièce que je préfère du dramaturge français. Farce oblige, le trait y est plus gras, plus populaire, moins raffiné aussi que dans d’autres œuvres de l’auteur. On est ici davantage du côté du coup de bâton que de la joute philosophique, davantage dans le rire immédiat que dans la satire subtile. Une forme de théâtre qui a pourtant largement façonné l’écriture de Molière et dont on retrouvera, quelques années plus tard, de nombreux échos dans Le Malade imaginaire.
Pour cette nouvelle adaptation, Bernard Lefrancq prend d’ailleurs quelques libertés avec le texte original. Si Le Médecin malgré lui demeure évidemment l’ossature principale du spectacle, celui-ci s’autorise plusieurs incursions dans d’autres œuvres du dramaturge – L’Avare ou encore Dom Juan, notamment – , enrichissant le matériau d’origine d’une foule de propositions qui témoignent d’une véritable envie de jouer avec Molière plutôt que de simplement le réciter.
Toutes ne m’ont pas convaincu avec la même évidence, mais elles ont au moins le mérite de ne jamais laisser le spectacle s’installer dans une forme de routine.
Et puis, il y a cette troupe.
Car si cette adaptation fonctionne aussi bien, c’est avant tout grâce à l’énergie de ses interprètes. Ici, ça cabotine. Beaucoup, parfois. Mais comment pourrait-il en être autrement ? La farce appelle justement cette démesure. Bernard Lefrancq, qui signe également la mise en scène tout en interprétant Géronte, pousse volontairement les curseurs très loin, quitte à frôler l’excès. Pourtant, jamais cette direction d’acteurs ne paraît artificielle tant elle est portée par une générosité de jeu qui finit par devenir profondément communicative.

Lefrancq lui-même compose un Géronte souvent hilarant, toujours sur le fil, avec un sens du rythme particulièrement efficace. En extérieur, il profite constamment de ce que le parc lui offre, s’amuse des réactions du public, des petits imprévus de la représentation et donne au spectacle cette impression réjouissante de pouvoir légèrement se réinventer chaque soir.
Toute la distribution épouse cette dynamique avec un enthousiasme contagieux. On sent une véritable cohésion entre les comédiens. Ça s’écoute, ça rebondit, ça invente parfois en direct, ça joue réellement ensemble. Et ce plaisir-là traverse constamment le quatrième mur.
Mention spéciale à Alexis Lejeune, dont la langue de Molière semble épouser chaque réplique avec une étonnante évidence, ainsi qu’à Anne-Isabelle Justens qui forme, aux côtés de son partenaire, un couple Lucinde-Léandre particulièrement touchant. Tous deux apportent une sincérité bienvenue au milieu de cette joyeuse folie.
Au fond, c’est peut-être là que réside la principale réussite du spectacle.
Même si Le Médecin malgré lui n’est pas la pièce de Molière qui me touche le plus… Même si certaines propositions d’adaptation m’ont davantage convaincu que d’autres… Je suis ressorti du Parc Parmentier le cœur léger, une Grimbergen blonde (toujours) à la main, avec la sensation d’avoir passé une agréable soirée en compagnie d’une troupe débordante de bonne humeur et de générosité.
Parce qu’au fond, le théâtre n’a pas toujours besoin d’artifices démesurés pour fonctionner. Quelques tréteaux, une poignée de passionnés, un magnifique cadre et un texte vieux de plus de trois siècles suffisent parfois à rappeler pourquoi cet art continue, encore aujourd’hui, à mettre des étoiles dans les yeux.
Petit conseil pratique avant de vous y rendre : prévoyez un peu de liquide… le bar ne prend pas la carte !
