
The Amazing Digital Circus
Réalisateur : Cooper Smith Goodwin
Genres : Animation, Comédie, Drame
Acteurs et actrices : Lizzie Freeman, Alex Rochon, Michael Kovach
Nationalités : USA, Australie
Date de sortie : 19 juin 2026
À l’internationale, je pense que 2026 sera une année importante pour le cinéma. D’abord, parce que nous sommes extrêmement bien servis en ce qui concerne les différentes sorties de cette année ; entre le dernier Spielberg qui vient de pointer le bout de son nez, la sortie du dernier Park-Chan-Wook qui nous fait son retour après seulement deux années d’absence ou encore le retour de Danny Boyle aux manettes de sa franchise de films de zombies préférée (28 ans plus tard et ses deux suites, tout de même.) mais aussi l’arrivée de la pharaonique Odyssée, du très attendu Christopher Nolan – On peut le dire, cette année, on a à boire et à manger niveau grosses sorties ! 2026, c’est surtout l’arrivée de projets venus d’internet qui ont littéralement cassé le box-office – notamment avec Obsession (Curry Barker) et Backrooms (Kane Parsons) qui ont réalisé, à leur échelle, des résultats titanesques enregistrant des centaines de millions de dollars de recette pour des projets aux moyens réduits mais aux ambitions colossales. Il en va de même pour la créatrice de contenu Gooseworx, qui se trouve derrière le projet The Amazing Digital Circus (que nous abrègerons TADC pour cette review), une série d’animation 100% gratuite et disponible sur Youtube, produite par Glitch Prod. – un studio d’animation indépendant australien. L’épisode pilote de cette (déjà) immense œuvre de la culture internet comptabilise, à l’heure où j’écris ces lignes, 442 millions de vues sur YouTube. Des résultats presque jamais vus pour une œuvre de fiction issue à 100% d’internet et qui s’est terminée début juin en salle avec la sortie de l’Acte Final de la série dans un format filmique d’1h40 pour le cinéma (compilant les épisodes 8 & 9 de la série). Jamais une série née sur le web n’avait suscité autant d’engouement et surtout d’engagement chez les fans. J’ai eu l’occasion de découvrir le film ce 4 juin en avant-première avant sa sortie Youtube (le 19/06/26), mais alors … Cette sortie en salle valait-elle le coup ?
Avant de nous arrêter sur cet épisode final, je ne peux que chaleureusement vous inviter à regarder l’intégralité de cette série indépendante dont tous les épisodes sont disponibles sur YouTube gratuitement (mais également sur Netflix si vous possédez un abonnement), la série est sous-titrée dans de nombreuses langues (dont le français) mais également doublée dans de nombreuses langues ! Mais, de quoi ça parle TADC ?
Nous suivons ici les aventures de Pomni qui vient de débarquer dans un monde virtuel et imaginaire où elle et d’autres avatars farfelus – allant d’un lapin violet géant en salopette à un masque de Théâtre en pleurs attaché au bout d’un tissu rouge qui lui sert de corps en passant par une pièce d’échecs en habits de roi complètement maboule – vont vivre des aventures toutes aussi farfelues les unes que les autres sous le regard divin de Caine, Intelligence Artificielle toute puissante, hilarante et très intéressante dans son développement au fur et à mesure de la série, qui va tenter de les occuper chaque jour pour une durée indéterminée. En effet, Pomni ne se souvient plus ni de son prénom, ni de son nom et cherche à tout prix un moyen de s’échapper du cirque digital. Mais cette tâche est loin d’être simple, voilà longtemps que la plupart de ses compagnons cherchent un moyen de s’échapper, en vain, perdant la notion du temps et de l’espace dans cet univers étrange aux formes diverses et variées qui nous rappelle parfois une esthétique proche de celle des Backrooms, ainsi qu’un univers volontairement enfantin, cartoonesque et presque pâte à modeler pour un rendu presque hypnotisant et franchement assumé. Dans cet espace-temps virtuel, tous les protagonistes se souviennent de leur vie avant d’entrer dans le cirque. Nous ne connaissons pas les tenants et aboutissants qui ont amené chacun d’entre elles & eux à atterrir ici … Nous savons simplement que Pomni se rappelle avoir mis un casque sur sa tête, avant de débarquer ici, et qu’elle ne se souvient de rien d’autre. Que faire face à cet état de fait ? Accepter la situation et vivre ces aventures loufoques en acceptant sa nouvelle condition de personnage de cartoon ou chercher à tout prix une issue afin de s’échapper au risque de s’abstraire ? En effet, l’abstraction est le grand mal qui sillonne le cirque … Si un personnage de ce monde virtuel finit par perdre la raison, il deviendra abstrait, condamné à errer dans les limbes de ce monde loufoque dans une sorte de mort virtuelle.
Durant 8 épisodes, la série prend le temps de développer chacun de ses personnages dans différents arcs narratifs franchement suffisamment bien amenés et ficelés afin de développer le casting bien fourni qui compose l’œuvre. Les thématiques que traverse la série sont ultra vastes et profondes, mais tout se concentre principalement autour des questions existentialistes, du sens qu’on donne aux événements de la vie ainsi que l’importance qu’on met derrière… On y parle de deuil, de dépression, de regrets, … On sent que la série est pensée avant tout pour un public de jeunes adultes, millenials et enfants des années 90 qui sont sans cesse en quête de sens dans leur vie d’adulte où ils regardent le monde brûler avec impuissance. TADC s’empare de ces thématiques et nous présente des personnages faisant véritablement preuve de résilience. Malgré qu’ils soient un peu plus convaincus de leur incapacité à quitter le cirque au fur et à mesure que les épisodes avancent, ils n’en demeurent pas moins acharnés dans leur quête de vérité, et c’est là toute la beauté et la poésie de The Amazing Digital Circus, qui en plus de ça est franchement drôle. Au premier coup d’œil, la série peut paraître grotesque et la direction artistique peu en rebuter plus d’un … J’ai longtemps boudé cette série avant de la rattraper en 2026, et je suis sincèrement content de lui avoir donné sa chance. La série se concentre sur l’envie et la soif de vivre des protagonistes qui désirent à tout prix quitter le purgatoire duquel ils sont tous et toutes prisonniers. Ils cherchent à revenir au monde afin d’y laisser la marque qu’ils ont toujours voulu laisser…
Je suis volontairement succinct et flou quand je vous parle de cette œuvre parce que je pense sincèrement qu’il faut la découvrir sans trop en savoir. J’ai même l’impression d’en avoir un peu trop dit … Mais étant donné que nous sommes ici avant tout pour parler de la sortie ciné, je me permettrais de dire que – de toute l’œuvre – c’est peut être l’épisode qui m’a le moins convaincu dans son écriture. Qu’on se le dise tout de suite, l’animation de Glitch Production est tout bonnement merveilleuse, d’une fluidité et d’une précision remarquables, presque chirurgicales. Il y a un vrai travail sur les textures, les reflets, … Les travelings et le découpage sont dynamiques, il y a un plaisir inconditionnel à découvrir cette animation sur grand écran et je pense sincèrement que la conception de cet épisode final a été pensée autour de cette sortie ciné, et c’est ce qui se fait de mieux en animation aujourd’hui, je le clame haut et fort. Surtout quand on voit que ça vient d’un petit studio indépendant, chapeau bas. Maintenant, si sur le plan technique cet épisode final est une franche réussite, il n’en est pas de même dans son écriture. On sent que Gooseworx (créatrice de la série) a eu envie de finir son œuvre et passer à autre chose. Les fans l’attendaient au tournant et elle a fini par littéralement perdre le contrôle de sa propre œuvre dont le buzz a été énorme et certains aspects ont, selon moi, été clôturés dans la précipitation. Beaucoup de questions qu’on a pu se poser pendant tout le visionnage n’ont pas nécessairement trouvé leur réponse, beaucoup de sous-intrigues n’ont jamais connu de suite … Bref, il y a un sentiment de trop peu à la sortie de la salle, une joie douce-amère qui m’a accompagné pendant plusieurs jours … Attention cependant, si la qualité d’écriture est à mon sens fantastique, voire excellente, elle n’en demeure pas moins de grande qualité tout de même ici ! Sans trop en dévoiler, c’est un final à twist. Un twist que j’ai malheureusement déjà vu dans une autre œuvre que j’ai consommée récemment mais qui n’en reste pas moins extrêmement bien amené… Mais on le voit un peu venir, et il y a un côté « happy end » qui ne me sied pas tant et qui ne correspond pas, selon moi, à ce à quoi la série nous avait habitués. Ce final n’en reste pas moins drôle, bourré de gags toujours bienvenus pour alléger le propos avec certaines séquences émotions qui m’ont sincèrement fait lâcher ma petite larme. Les questions existentialistes et philosophiques de la série trouvent, pour certaines, leur réponse dans ce dernier acte et d’autres resteront, à jamais, en suspens.
En bref, The Amazing Digital Circus, c’est une œuvre majeure à voir absolument pour l’évènement que ça a été pour la culture internet. Une œuvre qui a su prendre les questions générationnelles de son public à bras le corps et qui a finalement été dépassée par son succès. C’est une série aux codes visuels reconnaissables entre mille, c’est un vent frais dans le monde de l’animation pour adultes qui amène d’autres thématiques et d’autres questions encore peu abordées dans cette industrie. J’aurais aimé attribuer à ce final la note maximale, mais il m’a semblé quelque peu en dessous des 8 premiers épisodes … Après tout, ça sort ce vendredi 19 juin sur YouTube. Je pourrai alors me glisser sous mon plaid et redécouvrir l’intégralité de cette série et terminer en apothéose sur le film. Et je vous invite chaleureusement à faire de même.
