Chaque année, le BIFFF ne se contente pas de projeter des films : il déploie tout un écosystème où la culture du cinéma de genre se vit, se manipule et se collectionne. Entre deux séances, les allées du festival deviennent un véritable terrain de chasse pour passionné·es, où se croisent objets cultes, éditions rares et souvenirs chargés d’affect.
Derrière ces stands, il n’y a pas de simples vendeur·euses, mais des figures habitées par leur passion, qui participent pleinement à l’identité du BIFFF. Certain·es construisent patiemment un univers entièrement tourné vers la nostalgie et l’objet de collection, comme Thierry et son projet “Unpack Souvenir”, véritable capsule temporelle dédiée aux imaginaires des années 70 à 90.
Trois stands, trois trajectoires, mais une même envie : transmettre, partager, faire revivre. À travers ces trois entretiens, c’est toute une cartographie sensible du BIFFF qui se dessine — celle d’un festival où le cinéma déborde largement de l’écran pour s’ancrer dans le réel, entre les mains de celles et ceux qui le font vivre au quotidien.
Thierry, gardien d’une nostalgie pop et cinéphile

Bonjour Thierry. Pour commencer, est-ce que tu peux me rappeler le nom de ta boutique et me préciser où elle est située ?
Je n’ai pas de boutique physique. Je travaille uniquement en ligne, depuis Verviers. Ici, pour le BIFFF – c’est Impact Souvenir. J’ai une boutique professionnelle sur eBay ainsi qu’un site internet.
Depuis combien de temps es-tu présent au BIFFF ? Et quelle est, pour toi, l’identité de ta boutique ?
Cela fait cinq ans que je viens au BIFFF. J’ai été contacté après le Covid, à la suite d’une recommandation de Richard. On s’est rencontrés au festival, le courant est bien passé, et l’aventure a commencé comme ça.
L’identité de ma boutique, c’est avant tout la passion du cinéma, des séries télévisées, des animés et de la pop culture. J’ai travaillé pendant 25 ans en usine, puis après la délocalisation de mon emploi, je me suis lancé comme indépendant. À travers cette activité, j’ai voulu vendre du plaisir et du souvenir.
Tout ce qui m’a rendu heureux plus jeune, j’ai eu envie de le retrouver, puis de le partager. Je collectionne depuis l’enfance : d’abord des autographes et des affiches de cinéma, puis des objets plus variés. J’ai commencé à vendre mes doublons, ensuite j’ai trouvé des fournisseurs, et petit à petit la boutique a évolué.
Donc on est vraiment sur une identité tournée vers la nostalgie et les objets de collection ?
Oui, complètement. La nostalgie est au cœur de ce que je propose, mais pas dans le sens du “c’était mieux avant”. J’ai simplement eu une très belle enfance, marquée par les années 70 et 80, qui ont été extraordinaires pour le cinéma, les animés et la pop culture. J’ai envie de faire revivre cet univers et de le partager avec les gens.
Je vais donc chercher des objets liés à Gremlins, Retour vers le futur, Freddy, Vendredi 13, et à toute cette culture-là.
Tu ne te tournes pas vers des références plus récentes, comme Pokémon ou One Piece par exemple ?
Non, parce que ce n’est pas mon univers. Je sais très bien que je pourrais sans doute gagner davantage d’argent avec ce type de produits, mais ce n’est pas ce qui me touche. Je préfère rester fidèle à ce que je connais et à ce que j’aime.
Tu veux donc d’abord te faire plaisir, pour pouvoir faire plaisir aux autres ?
Exactement. Je ne cherche pas à faire de l’argent pour faire de l’argent. J’essaie de rester dans mon identité. C’est aussi ce qui fait la singularité de ma boutique.
Tu as quand même un public jeune ?
Oui, bien sûr. Il y a encore des jeunes que ces univers touchent, surtout quand ils ont grandi avec ce genre de références à la maison. Mais je sais aussi que cela n’est pas éternel. Certaines choses parlent très fort à une génération précise, puis finissent par s’effacer.
Cela dit, il m’arrive de vivre des moments très forts avec des clients. Une fois, un homme venu d’Europe de l’Est est resté longtemps devant le stand, très ému. Il a fini par me remercier, presque les larmes aux yeux, parce qu’il retrouvait ici des images et des objets de son enfance qu’il n’avait pas pu connaître librement chez lui, à l’époque. Quand on vit ce genre de moment, on se dit qu’on ne fait pas ça pour rien.
Vous faites vraiment partie de l’identité du BIFFF, toi et les autres exposants.
Oui, et c’est aussi pour ça que l’ambiance fonctionne. Nous proposons chacun quelque chose de différent, sans nous marcher dessus : il y a les Blu-ray, les livres et les objets physiques. Cela crée une vraie complémentarité.
Tu m’as dit que tu n’avais pas de boutique physique. Est-ce que tu peux me raconter un peu l’histoire de ton shop, et comment on peut y accéder aujourd’hui ?
J’ai commencé par vendre du papier : affiches de cinéma, dédicaces, documents signés. Comme j’ai beaucoup voyagé entre Paris, Londres, Bruxelles et d’autres villes, j’ai accumulé énormément de pièces.
J’ai d’abord mis une partie de tout cela en ligne sur eBay, tout en continuant à travailler à côté. Puis, après la fermeture de l’usine, je me suis lancé à temps plein.
Au départ, je gagnais surtout ma vie avec le papier, mais cela ne suffisait pas toujours. Je me suis donc tourné davantage vers les objets et les figurines. Aujourd’hui, j’ai une boutique eBay professionnelle et un site internet. Le site est davantage consacré au papier et aux signatures, tandis qu’eBay accueille surtout les figurines, même si les deux univers se croisent parfois.
Je suis aussi présent sur Facebook, Instagram, X et YouTube, sous le nom “Unpack Souvenir”. J’y partage mes nouveautés et, depuis peu, davantage de vidéos, notamment autour de mes déplacements en convention.
Il n’y a donc pas, pour l’instant, de projet de boutique physique ?
L’envie existe, mais la réalité économique est compliquée. Ouvrir un lieu physique à Verviers aujourd’hui serait très risqué, surtout après les inondations et dans une région qui reste fragilisée.
Ce n’est donc pas un manque d’envie, mais une question de faisabilité. Mon objectif n’est pas de devenir riche. Je veux simplement vivre correctement de ma passion, sans me compliquer inutilement la vie.
Qu’est-ce qui t’a poussé à concrétiser ce rêve et à en faire ton métier ?
La passion a toujours été là. J’ai commencé à collectionner à l’âge de dix ans, et je n’ai jamais arrêté. Faire de cette passion mon métier est venu plus tard, quand la possibilité s’est présentée.
Quand l’usine a fermé, je me suis retrouvé à un tournant. Comme j’avais déjà du stock, de l’expérience et une activité complémentaire qui existait, je me suis dit : pourquoi ne pas essayer d’en vivre à temps plein ? Ça fait maintenant quinze ans que je vends.
Si tu devais conseiller un seul article de ta boutique à quelqu’un qui la découvre, lequel choisirais-tu ?
C’est difficile de n’en choisir qu’un, parce que tout dépend de la sensibilité de la personne. Mais s’il faut vraiment orienter quelqu’un, je dirais les figurines, et particulièrement les premières figurines Star Wars.
J’y suis très attaché. Ce qui est formidable, c’est que Hasbro et Disney ont relancé une collection “vintage” dans l’esprit exact de celles que je connaissais enfant. Ils continuent la gamme avec de nouveaux personnages, tout en gardant le packaging d’époque. Pour moi, c’est extraordinaire.
Et si tu ne pouvais garder qu’un seul objet de ta boutique, celui que tu emporterais sur une île déserte ?
Ce serait mon affiche belge originale de La Guerre des étoiles, l’épisode IV. C’est celle que j’avais dans ma chambre quand j’étais enfant. C’est sans doute l’objet qui me touche le plus, pour sa valeur nostalgique et affective.
Elle est toujours chez toi aujourd’hui ?
Oui. Elle est rangée précieusement.
Propos recueillis auprès de Thierry, gérant de la boutique en ligne Impact Souvenir.
Nicolas Vanderstraeten
