Exit au Kunstenfestivaldesarts

Concept de Kris Verdonck et Alix Eynaudi, danse d’Alix Eynaudi, Boglarka Borcsok, dramaturgie de Marianne Van Kerkhoven, coordination technique de Jan Ven Gijsel, lumière design et technique de Luc Schaltin, costumes d’An Breugelmans

Du 15 au 24 mai 2015 au Beursschouwburg dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts

Installez-vous confortablement, détendez-vous, allongez-vous même! Pour Kris Verdonck (metteur en scène et plasticien) et Alix Eynaudi (danseuse et chorégraphe) s’endormir en regardant leur nouvelle création Exit est plutôt flatteur…

On connait Kris Verdonck comme un chercheur qui se situe entre la danse et l’architecture, entre les arts plastiques et le théâtre, entre l’installation et la performance, il est ici de retour avec Alix Eynaudi pour une réflexion entre sciences et philosphie sur les conséquences du sommeil sur notre cerveau et sur sa dévalorisation dans notre société contemporaine, rigidifiée par le capitalisme et l’esprit de surproduction.

Bercé par les mouvements de la danseuse qui répètent minutieusement pendant plus de 50 minutes une chorégraphie hypnotique -à l’image des moutons qu’on compterait sur un mur pour s’endormir- sur une musique de Rutger Zuydervelt qui l’est tout autant, le spectateur ne peut que s’assoupir et se prendre au jeu de l’expérience qui est proposée par les artistes. La douceur de cette femme sur scène nous rassure et nous fait chavirer lentement vers le sommeil. Ce qu’elle nous raconte par ses mouvements a la simplicité soporifique de la mère qui accomplirait “le rituel du dodo” avec son enfant ou de la conteuse qui finit par faire somnambuler son auditeur. Et s’endormir dans la salle du Beursschouwburg à 15h30 de l’après-midi devient une expérience philosophique et contraire à ce que l’on s’attend à vivre en allant au théâtre.

“S’arrêter” sur le sommeil lui redonne un sens: son sens premier, son sens vital! Notre société va-t-elle jusqu’à exploiter notre sommeil et notre droit au repos? Du burn out à la dépression, du surmenage à l’épuisement n’oublions-nous pas l’essentiel? Cet arrêt, cette pause offerte par les artistes, comme un cadeau, nous propose en tout cas de revenir à une part primaire de notre humanité. Une part essentielle et négligée. Et à l’image de la nourriture qu’on bouffe, qu’on consomme sans savourer, sommeiller devient un acte que l’on goûte, que l’on apprécie un peu différemment après cette création artistique qui nous oblige à prendre le temps. Dormir permettrait en effet de prendre de meilleures décisions, d’approfondir ses connaissances, d’être moins vulnérable et d’avoir un développement émotionnel et intellectuel plus positif.

Alors c’est entre la respiration chaleureuse du voisin qui somnole à droite, le ronflement de celui de gauche et les lumières de Luc Schaltin qui s’amenuisent toute en finesse au fur et à mesure de la pièce que l’on se dit, en baillant, dans un état de conscience modifié, que nous sommes aussi fait pour dormir et qu’il est plus que temps de reprendre le pouvoir sur notre sommeil et de faire l’éloge de la paresse.

Enfin ce spectacle pose également des questions sur les outils que le théâtre peut utiliser pour agir sur le subconscient des spectateurs. Si la télévision a le pouvoir de nous hypnotiser, le théâtre l’a également. La lumière, le son, le mouvement, le langage, l’image, la scénographie, tout a une influence sur notre état d’esprit en tant que spectateur et la démonstration est faite et avec brio dans Exit.

Une performance réussie et osée car si pendre le risque d’être“contre-productif” dans notre société est un acte militant alors Exit l’est pleinement et ça fait du bien! C’est à ça que servent les subventions artistiques.

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