Enferme moi si tu peux : Une bande dessinée qui sort de l’ordinaire

Dessin : Terkel Risbjerg
Scénario : Anne-Caroline Pandolfo
Edition : Casterman
Sortie : 01 mai 2019
Genre : historique

Augustin Lesage est mineur, fils de mineur et petit-fils de mineur. Il n’a aucun lien avec le monde artistique et pourtant, poussé par un esprit bienveillant, il se découvre un talent pour la peinture. Cheval est facteur et malgré les trente cinq kilomètres qu’il parcourt à pied tous les jours, il trouve la force – une force presque surnaturelle – de construire des sculptures de pierre gigantesques pendant son peu de temps libre. Augustin et Cheval sont deux des six destinées hors du commun mises à l’honneur dans Enferme moi si tu peux. Femmes, malades ou pauvres, ces personnalités authentiques, rejetées par la société, ont en commun d’avoir trouvé dans l’art un moyen de s’exprimer, de se libérer des carcans dans lesquels elles étaient enfermées. Il y a quelque chose de mystérieux qui se cache derrière l’histoire de ces gens qui, sans formation ni prédispositions, ont réalisé des œuvres de génie.

La bande dessinée s’ouvre sur une préface de Michel Thevoz qui invite à penser le lien qui unit art brut et bande dessinée. La couleur est annoncée : derrière le côté narratif, se cache un aspect plus philosophique. Ces six destins donnent à réfléchir la valeur de l’œuvre d’art. Leur désir de créer ne vient-il pas moins d’une force ésotérique que de leur volonté de donner un sens à une vie qui n’en a pas ? Et qu’est-ce que l’art finalement si ce n’est un moyen d’expression ? Voilà tant de questions que nous amène à réfléchir Pandlofo et Rijsberg. Finalement Enferme moi si tu peux raconte l’histoire de personnes qui ont su prouver que la créativité n’est pas juste une question de richesse ou d’éducation.

Pour traduire en image le caractère singulier de ces artistes, Rijsberg et Pandolfo n’hésitent pas à sortir des codes de la bande dessinée traditionnelle, notamment en supprimant le contour des cases et en variant les cadrages. Dans la même optique, le dessinateur danois Rijsberg expérimente de nombreuses techniques et n’a pas peur des mélanges. Mais la démarche reste tout de même assez prudente, peut-être dans un souci de lisibilité. Les auteurs ont un peu de mal à prendre des risques – alors que le sujet s’y prête – et le traitement graphique est finalement assez linéaire. Le format court des récits n’aidant pas, il est parfois un peu difficile de se plonger complètement dans l’univers artistique des personnages décrits. Mais il faut bien le reconnaître : les images sont agréables à regarder. Le style de Rijsberg est doux et plutôt poétique. Enferme moi si tu peux prend le lecteur par la main et l’emmène en balade dans un bel univers composé d’aquarelle et d’encre.

Cheyenne Quévy
A propos Cheyenne Quévy 56 Articles
Journaliste du Suricate Magazine