« Effacer l’historique », le cinéma inégal de Delépine et Kervern

Effacer l’historique
de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Comédie
Avec Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero, Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde
Sorti le 26 août 2020

Dans un lotissement de province, trois voisins et néanmoins amis font face parallèlement à des problèmes liés aux nouvelles communications et aux réseaux sociaux. Tandis que Marie est victime d’un chantage à la sextape, la fille de Bertrand se fait harceler en ligne par des camarades de classe. Christine, quant à elle, doit faire face aux mauvaises notes que lui décernent les usagers de son VTC. Dépassés par leurs problèmes respectifs, ces trois anciens gilets jaunes décident de se serrer les coudes pour en venir à bout.

Comme souvent dans le cinéma de Benoît Delépine et Gustave Kervern, le précepte de comédie sociale repose sur un concept décliné sous plusieurs formes au gré des scènes, donnant l’impression de plus en plus tenace d’une enfilade de sketches déguisée en long métrage narratif. D’un film à l’autre, le dispositif fonctionne plus ou moins bien : plutôt plus dans I Feel Good par exemple, et plutôt beaucoup moins dans Le Grand soir, pour n’en citer qu’un. Effacer l’historique se situe plutôt dans le ventre mou du spectre, traversé par presque autant de bonnes idées que de mauvaises, composé de quelques morceaux de bravoure – l’unique scène de Benoît Poelvoorde – mais aussi de gros pétards mouillés – le voyage raté de Marie aux Etats-Unis.

L’aura dont bénéficie aujourd’hui les films de Delépine et Kervern est décidément étrange, voire inexplicable. De film en film se confirme l’inégalité constante de leur cinéma et de film en film persiste cet attrait bizarroïde pour des objets filmiques dont on sait a priori qu’ils sont bancals. De film en film se forge également une famille d’acteurs en expansion. Et si les habitués répondent ici présent en masse dans des seconds rôles voire des apparitions – Poelvoorde, Lacoste, Houellebecq, Lanners, etc. –, on se prend parfois à rêver de les voir plus longuement à l’image, tant le trio de tête – Gardin, Podalydès, Masiero – s’avère peu passionnant.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine