Doreen au Théâtre des Tanneurs jusqu’au 19 octobre

De David Geselson, d’après La lettre à D d’André Gorz, mise en scène de David Geselson, avec David Geselson et Laure Mathis. Du 15 au 19 octobre 2019 au Théâtre Les Tanneurs. Crédit photo : Charlotte Corman

Doreen est l’adaptation de La lettre à D d’André Gorz, publié en 2006. Dans La lettre à D, André Gorz met en scène sa propre histoire, écriture du réelle usant de la fiction. On retrouve la même utilisation du réelle et de la fiction dans la pièce. Et il n’est pas besoin d’avoir lu ce livre avant, le spectateur sera invité à le lire pendant la pièce.

En arrivant, nous sommes accueillis par Doreen et André, ils nous invitent à prendre place et à se servir un verre de vin et à grignoter un petit quelque chose, littéralement. C’est décontenançant et grisant, le ton est déjà donné, l’atmosphère posée, le spectateur ne peut plus quitter la salle et le jeu sans avoir des conséquences sur la suite. Il est pris à parti dans ce couple amoureux qui a décidé de se suicider ensemble plutôt que de s’abandonner.

Doreen est un bonheur intense à voir. C’est une pièce tendre mais pas mièvre qui joue magnifiquement bien avec les silences, ces derniers ponctuant avec beaucoup de justesse tous les dialogues. Sous l’humour, l’ironie et les invectives affleurent la passion pour l’autre et la crainte de vivre sans lui. D’abord l’enfance : l’un abandonné par sa patrie, l’autre abandonnée par sa mère. Puis la rencontre et les pas de danse, puis l’amour. Tragique amour qui évolue à la lueur de l’engagement politique fort d’André et de la maladie incurable de Doreen.

La mise en scène vient embrasser délicatement le texte et le porte encore plus haut. Des lumières tamisées, des fauteuils et un secrétaire, André et Doreen évoluent au centre des spectateurs devenus confidents dès l’instant où ils rencontrent le couple. La circularité de l’espace scénique ouvre les possibilités d’angle de vue et donc de rapport au jeu théâtrale. Chaque spectateur aura vu une partie de la pièce, sous un angle différent, sans le vouloir, il réinvente l’histoire en même temps qu’elle se déroule devant lui.

Doreen est une pièce à aller voir. Impérativement, sans aucune forme de doute, sans aucune forme de protestation. Parce que les histoires d’amour, les longues et vraies, les douloureusement belles manquent et qu’elles font du bien.

Elodie Kempenaer
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