Doctor Sleep, les fantômes de l’Overlook

Doctor Sleep
de Mike Flanagan
Thriller, Fantastique
Avec Ewan McGregor, Rebecca Ferguson, Kyliegh Curran
Sorti le 11 mars 2020 en DVD/BluRay

Lourde tâche pour un réalisateur que de passer derrière Stanley Kubrick ! Voilà bientôt quarante ans sortait The Shining, adaptation du roman éponyme de Stephen King plongeant le spectateur dans la descente aux enfers de la famille Torrance.

L’ombre de The Shining

Devenu un classique du cinéma horrifique, The Shining est une adaptation peu appréciée par le Maître de l’Horreur qui déplore que la transposition de son roman à l’écran ait laissé de côté divers éléments charnière du récit. King déclara que The Shining est « comme une magnifique Cadillac sans moteur sous le capot », critiquant notamment l’interprétation de Jack Nicholson.

L’auteur estimait en effet que le personnage de Jack Torrance n’avait pas de réel arc narratif dans l’adaptation cinématographique, considérant que celui-ci apparaissait comme fou dès le départ, là où le récit original le présentait comme un père aimant qui sombre doucement dans la folie. De même, l’interprétation de Wendy fut également l’objet de critiques de la part de l’écrivain, considérant que Shelley Duvall aura composé un personnage faible tandis que le roman la présentait comme forte et indépendante.

Au-delà de ça, King déplora que divers thème comme la désintégration de la famille et les ravages de l’alcoolisme aient été laissés de côté. Ainsi, il produisit une nouvelle version sous la forme d’une mini-série de 4h30 en 1997.

Quoi qu’il en soit, l’impact de l’adaptation de Stanley Kubrick dans le paysage culturel est tel qu’il est devenu impossible d’ignorer son apport au Septième Art.

Doctor Sleep

En 2013, Stephen King écrivit une suite à The Shining, Doctor Sleep, qui sort aujourd’hui en dvd.

Ainsi, la tâche du réalisateur Mike Flanagan est ardue, car celui-ci aura dû transposer à l’écran la suite d’un roman à succès tout en tenant compte de l’impact laissé par l’adaptation de Stanley Kubrick. Le réalisateur déclara ainsi : « Ma stratégie est d’honorer ce qu’a fait Kubrick, et d’approcher Doctor Sleep comme une suite authentique à son film, tout en essayant également d’honorer les thèmes présents dans le roman The Shining qui n’apparaissaient pas dans le film. […] Le seul moyen de réaliser ce film est à travers le livre ! Mais, l’héritage cinématographique de Stanley Kubrick est monolithique. Et l’une des choses qui fut un grand honneur pour moi aura été de tenter de rassembler ces deux univers et d’honorer l’histoire et les personnage que Stephen King a créé de façon magistrale en recourant à un langage cinématographique qui est devenu iconique ».

Le moins que l’on puisse dire est que le pari est réussi pour Mike Flanagan ! Doctor Sleep constitue réellement une suite intéressante à The Shining et parvient à réintégrer à l’esthétique de son film tout l’héritage de Stanley Kubrick. Bien entendu, cette suite ne se hisse pas au niveau de son prédécesseur mais il semble que le réalisateur en ait eu conscience dès le début du projet et n’ait aucunement cherché à rivaliser avec Kubrick.

D’entrée, Doctor Sleep se démarque de son prédécesseur par la quantité de protagonistes intégrés au récit et les espaces portés à l’écran. Là où l’action de The Shining se transformait rapidement en huis-clos familial au sein de l’Overlook Hotel, Doctor Sleep donne à voir de vastes étendues forestières et des paysages urbains dans lesquels évoluent toutes sortes de personnages.

Danny Torrance (Ewan McGregor), le jeune garçon de The Shining, est désormais adulte et lutte contre ses démons intérieurs, qu’il s’agisse des fantômes de l’Overlook ou de son alcoolisme. Alors qu’il aura appris à contrôler son pouvoir, il sera confronté au « Nœud vrai », une confrérie se nourrissant du Shining des enfants et lancé à la poursuite de la petite Abra Stone (Kyliegh Curran).

Ainsi, Doctor Sleep reprend les thématiques du livre en axant doublement son récit sur la famille : le rapport au père pour Danny, et la famille de substitution dans le cas du « Nœud vrai ». Le premier, volontairement solitaire, doit vivre avec le souvenir d’un père alcoolique et devenu fou, tandis que les autres auront choisi d’évoluer en communauté, faisant de leur Shining une force au lieu de l’étouffer comme Danny.

D’une certaine façon, Doctor Sleep tient également d’un autre roman de Stephen King, Les démons du maïs. Là où ce récit avait pour antagonistes des enfants décidés à exterminer les adultes, les membres du « Nœud vrai » tuent quant à eux les enfants dotés d’un Shining afin de prolonger leur propre existence. On retrouve ainsi le même accent communautaire dans les deux récits avec une inversion de la menace.

Mais c’est avec les membres du « Nœud vrai » que Doctor Sleep trouve l’un de ses principaux défauts : le leader du groupe, Rose « Chapeau » O’Hara, est incarnée mollement par Rebecca Ferguson. Sorte de chamane vaudou, celle-ci fatiguera plus souvent qu’elle n’inquiétera tant sa prestation est caricaturale. Au-delà de cela, la majorité du casting est excellente, Ewan McGregor et la petite Kyliegh Curran en tête !

Enfin, on saluera une réalisation soignée qui sait par moments recourir aux effets spéciaux pour établir judicieusement certaines séquences, notamment durant les scènes de projection astrale, particulièrement réussies.

Ainsi – c’est assez rare pour les suites –, Doctor Sleep n’a pas à rougir de son existence. Le réalisateur Mike Flanagan réussit le pari de conjuguer le roman original et l’héritage visuel de The Shining, tout en réintégrant certaines thématiques chères à Stephen King. Le tout en offrant une personnalité propre à son récit. S’il y a fort à penser que le film n’impactera certainement pas nos mémoires comme d’autres adaptations de King, il n’en reste pas moins un récit réellement appréciable. Seul regret, la version dvd est dépourvue de tous bonus et n’intègre pas non plus le Director’s Cut du réalisateur : il faudra donc se tourner vers les formats Blu-ray et 4K pour profiter de cette version longue de trois heures !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 176 Articles
Journaliste du Suricate Magazine