La colère d’un homme patient, tout vient à point à qui sait attendre… 8 ans

La colère d’un homme patient

de Raúl Arévalo

Thriller, Drame

Avec Antonio De La Torre, Luis Gallejo, Ruth Diaz

Sorti le 26 avril 2017

Taiseux, José est un habitué du bar de Juanjo. Malgré sa réserve, il a un intérêt visible pour Ana, la sœur de ce dernier. Mais Curro, le compagnon d’Ana, est sur le point de sortir de prison après une peine de 8 ans pour un vol à main armée dans lequel il ne jouait que le rôle du chauffeur.

Avec La Colère d’un homme patient (Tarde para la ira), Raúl Arévalo (La isla mínima, 2014) signe son premier long-métrage. L’oeuvre a demandé pas moins de huit ans de préparation : Arévalo avait en tête un casting bien précis et souhaitait tourner son film en 16 mm, ce qui augmentait considérablement le budget. Ce temps de gestation en a valu la peine puisque, nommé dans 11 catégories,  le film a remporté 4 Goya, dont celui du meilleur film et du meilleur scénario.

La Colère d’un homme patient débute par un plan séquence très réussi d’une course poursuite. De là, Arévalo construit son film peu à peu, d’abord par un enchainement de séquences découpées et titrées (« le bar », « la famille », « Ana », « Curro »). Ensuite, l’action, le cœur de l’histoire, (« la ira ») n’est plus morcelé et se développe d’une façon plus organique, dans un style maîtrisé et sobre. La langue, l’ambiance, les lieux – les chemises à manches courtes et les pantalons beiges – plongent le spectateur dans une ambiance espagnole dépaysante pour le public francophone.

Dans le rôle de José et Curro, Antonio de la Torre et Luis Callejo incarnent des « antihéros », voire presque des anti-méchants. Le premier est un homme banal qui n’a plus rien à perdre, tandis que le second est un ancien prisonnier qui a tout à retrouver. Thriller dramatique jusqu’au bout de la pellicule, La colère d’un homme patient contient tout de même une touche d’humour via le personnage de Triana (Manolo Solo) à la voix et à la logorrhée particulière. Enfin, sans être le sujet principal du film, la relation d’Ana (Ruth Diaz) et de Curro, marquée par les années de prison, est jouée d’une manière très juste et réaliste.

Sobre, réfléchi et apologique du « œil pour œil, dent pour dent » comme doit l’être un bon film de vengeance, La colère d’un homme patient est un film à recommander pour une bonne soirée ciné.

Elodie Mertz
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Journaliste du Suricate Magazine