Dans la nuit, au Varia jusqu’au 16 octobre

© Phile Deprez

Texte de Louise Emö. Mise en scène de Coline Struyf. Avec Anaïs Aouat, Amel Benaïssa, Michele de Luca, Thomas Dubot, Aline Mahaux, Emilie Maquest, Mehdi Zekhnini. Du 28 septembre au 16 octobre 2021 au Varia

Le théâtre Varia ouvre sa nouvelle saison avec la pièce Dans la nuit, mise en scène par Coline Struyf. Deux sœurs issues d’un milieu bourgeois, ont choisi deux chemins de vie diamétralement opposés : l’une est restée habiter dans la maison de famille et gère l’héritage de leur père avec son copain, l’autre est partie « dehors » en quête de ses rêves d’enfant, fidèle à ses idéaux, pour se sentir utile et libre. Pendant une soirée bien arrosée, tandis qu’Anna fête la création de l’appli développée par la start-up de son compagnon, Nanna revient à la maison. Ce n’est pas la première fois qu’elle revient de loin après avoir été portée disparue, et tout le monde semble à la fois surpris et perturbé. En particulier sa sœur, avec laquelle elle a un lien fort et un vécu partagé.

L’esthétique du spectacle est annoncée depuis les premiers mots : la narratrice nous présente les personnages, l’intrigue de l’histoire et elle nous dit que c’est une tragédie parce qu’à la fin l’héroïne meurt. Depuis le début on remarque la particularité du texte, son style original qui mélange humour et profondeur, hilarité et drame. De manière cohérente, par moments les intentions des acteurs semblent être en opposition avec leurs mots en créant un univers assez hybride, parfois grotesque, parfois presque lyrique. Il n’est pas toujours évident de se laisser capturer par l’histoire, même si le message arrive fort et clair : est-il possible de sortir « dehors », au-delà du modèle préétabli ? Et comment se révolter, contre qui, ou quoi, précisément ?

La vraie tragédie est le conflit entre le dedans et le dehors, entre notre nature et ce que nous sommes amenés à faire, entre la liberté et les impératifs sociétaux. Dans la nuit est une aventure théâtrale qui nous montre le périple d’une génération en quête d’alternatives, à la recherche d’un « dehors » où se manifester, où réaliser un idéal. Un sujet dont on a beaucoup entendu parler et en même temps dont on ne parle jamais assez. D’un côté, on sort du spectacle avec une sensation d’injustice et d’envie que ça aille différemment, mais de l’autre côté on reste un peu sur sa faim : qu’est-ce que le style tragique, ainsi revisité, apporte à la thématique ? Sans rien vouloir retirer au travail des artistes qui ont offert un spectacle généreux et riche, on se demande si ces personnages sur scène, un peu caricaturaux et assez comiques, parviennent à nous toucher sincèrement comme ils le mériteraient.

A propos Elisa De Angelis 44 Articles
Journaliste du Suricate Magazine