Chernobyl, le coût du mensonge

Chernobyl
De Craig Mazin
Avec Jared Harris, Stellan Skarsgård et Emily Watson
Fiction historique
Disponible via BE TV et Telenet Play

Présenter de manière réaliste l’ensemble des événements qui ont eu lieu dans les jours et les mois qui ont suivi la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, tel était le but que s’étaient fixés les producteurs d’HBO et Sky en réalisant Chernobyl. Mission pleinement réussie au regard des nombreuses réactions positives suscitées par la vision de cette série événement.

Débutant à l’instant précis où le réacteur explose et s’étendant sur plusieurs mois dans le but de montrer les conséquences de la catastrophe et le travail des liquidateurs, la série nous raconte une histoire simple mais terrifiante, celle du pire accident industriel de l’histoire, mais surtout des centaines de milliers d’anonymes qui ont vu leur vie écourtée afin qu’une partie de l’Europe ne devienne inhabitable.

La puissance dramatique de la série tient dans ce postulat de base : ne pas se focaliser sur les actions d’un héros, deus ex machina qui aurait sauvé à lui seul l’Europe du désastre mais plutôt se concentrer sur quelques personnages clés pour nous faire comprendre les tenants et aboutissants de la catastrophe. Se basant sur des documents d’archive ainsi que sur l’excellent livre de témoignage de Svetlana Alexievich, La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse,  le réalisateur Craig Mazin tient en haleine le spectateur durant 5 heures, l’entraînant au cœur de la catastrophe mais également du système soviétique, responsable de celle-ci.

Chaque événement est indissociable du contexte dans lequel il se produit, et si Craig Mazin insiste sur le courage des anonymes qui se sont sacrifiés pour leur pays, il montre également l’absurdité de certaines décisions, la culture du secret et du déni qui ont mis en danger de nombreuses vies au nom d’un certain idéal. A l’écoute de l’excellent podcast Chernobyl dans lequel Craig Mazin et Peter Sagal analysent la série, le spectateur comprend que le vrai responsable de la catastrophe, comme le dit Legasov, c’est la culture du mensonge. Et si le système soviétique est mis en cause, c’est dans ce qu’il a engendré comme déni de la réalité et mensonges, éléments que l’on peut retrouver à d’autres époques et en d’autres lieux.

Regarder la série Chernobyl est une expérience assez éprouvante psychologiquement. Sans effet de manche, en exposant uniquement les faits, le réalisateur parvient à maintenir une tension palpable durant toute la série. Néanmoins, c’est également une expérience indispensable pour comprendre la catastrophe et démontrer de la manière la plus éclatante possible que le déni de réalité mène toujours au désastre.

Vincent Penninckx
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Journaliste du Suricate Magazine