Call me by Your Name, sous le soleil d’Italie…

Call Me by Your Name

de Luca Guadagnino

Drame, romance

Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg

Sortie le 14 février 2018

Alors qu’il sort seulement sur nos écrans en ce début d’année 2018, voilà déjà plusieurs mois que Call me by Your Name s’est créé une solide réputation dans les pays anglophones. Depuis sa première diffusion le 22 janvier 2017 au Sundance Film Festival et sa sortie officielle le 27 octobre de la même année, la nouvelle réalisation de Luca Guadagnino a obtenu une note de 96 % auprès des critiques sur le site Rotten Tomatoes, tandis que les spectateurs l’ont noté à 88 %. Le quotidien britannique The Guardian a quant à lui qualifié le film de « magnifique love story homosexuelle qui séduit et enchante ». Le succès est tel qu’avant même sa sortie dans le reste monde, une suite est déjà envisagée.

Au cours de l’été 1983, alors que la famille Perlman passe ses vacances dans sa maison du nord de l’Italie, elle est rejointe par Oliver (Armie Hammer), venu prêter assistance au père (Michael Stuhlbarg) dans ses recherches archéologiques. Son fils, Elio (Timothée Chalamet), va peu à peu se prendre d’affection pour le jeune assistant…

Si nous n’irons pas jusqu’à crier au chef d’œuvre comme l’ont fait certains, le film possède tout de même de nombreuses qualités.

La première de ces qualités repose dans son scénario. Ou du moins dans le nom de son scénariste principal : James Ivory, qui adapte ici le livre d’André Aciman paru en 2007. Ivory figure parmi les grands noms du cinéma et on lui doit notamment quelques chefs d’œuvre comme Retour à Howard’s End (1992), Les vestiges du Jour (1993), Chambre avec vue (1985) ou encore Maurice (1987). Call me by Your Name fait quelque peu écho à ce dernier film !

À ce scénariste de talent s’ajoute également un casting de grande qualité, Armie Hammer et Timothée Chalamet offrant ici une performance remarquable.

D’un point de vue esthétique, Call me by Your Name est superbement réalisé. On se laissera rapidement envahir par les atmosphères ensoleillées, les paysages sauvages et les villages typiques du nord de l’Italie. Dans son premier tiers, le film fait ainsi étrangement penser à Plein Soleil (1960) de René Clément, première adaptation des aventures de Tom Ripley au cinéma. Cette ressemblance se marque tant dans le cadre du film que dans sa structure scénaristique. En effet, dans un premier temps, Oliver apparaît comme étant un jeune garçon à qui tout réussi : il est charismatique, semble bien dans sa peau, à l’aise en société, plait aux femmes et exerce une activité professionnelle atypique. Dès lors, Elio sera naturellement attiré par ce personnage intriguant, avant que ce sentiment ne se transforme peu à peu en une forme de jalousie. Mais si Plein Soleil ou Le talentueux Mr. Ripley revêtaient par la suite une forme tragique, l’issue de cette relation sera ici positive, se transformant en une passion sentimentale.

À cela s’ajoute une bande son particulièrement belle, notamment composée des morceaux « Visions of Gideon » et Mystery of love » de l’artiste américain Sufjan Stevens. Certaines séquences, portées par l’univers musical de Stevens, amèneront douceur et émotion au film ! Cependant, l’intégration de telles musiques aura parfois pour effet inverse de casser l’homogénéité du récit, le spectateur étant ramené à la réalité à la fin de certains de ces passages musicaux. Cette bande originale pourra par conséquent parfois sembler peu exploitée et d’aucuns pourront regretter qu’une partition complète et homogène n’ait pas été réalisée par Sufjan Stevens.

La surprise de Call me by Your Name réside finalement dans son traitement scénaristique. En choisissant d’adapter à l’écran l’éveil sexuel et sentimental d’un jeune garçon, et en axant celui-ci sur sa relation tant à l’Homme qu’à la Femme, Luca Guadagnino et James Ivory donnent naissance à une œuvre originale dans laquelle l’Amour occupe une place de première importance ! À cet égard, le générique final du film, porté par le « Visions of Gideon » de Sufjan Stevens constitue un moment fort de cinéma. La performance de Timothée Chalamet apparaît ici tout en subtilité mais démontre un jeu d’une étonnante richesse.

De façon intéressante, Call me by Your Name peut être vu comme la continuation de l’œuvre d’Ivory : si dans Maurice, la relation homosexuelle des protagonistes principaux était rejetée par la société dans laquelle les personnages évoluaient, au point de les pousser à renier leurs sentiments, elle est ici acceptée. Plus qu’un simple film, il s’agit alors d’un témoin de l’évolution des mentalités.

Outre ces qualités et thématiques intéressantes, ce nouveau film de Luca Guadagnino possède parfois certaines lenteurs pouvant lasser le spectateur. On y trouvera également certaines scènes plus explicites qui pourraient choquer certains cinéphiles moins avertis – notamment la scène de la pêche. Reste un film disposant d’une esthétique et d’une atmosphère personnelle comme on en voit peu !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 138 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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