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    [BIFFF 2026 Jour 5] Des chroniqueurs en guest-stars, un film qui nous prend pour des cons et not all men…mais…

    On arrive au rythme de croisière du festival. Ce moment où les films commencent à se mélanger dans nos têtes et où le thriller de Hong Kong se mélange avec la fresque heroic fantasy serbe. Mais pour casser la routine, on a fait comme tous bons couples qui se respectent: on a amené des nouvelles personnes. Merci à Nico et à Juju pour leurs avis et chroniques dans cette journée où on a voyagé entre la Turquie, le Canada et Hong Kong. Et si le monde venait à se terminer demain, on est heureux de le faire ensemble au BIFFF.

    The Turkish Coffee Table: un remake au ton très réussi

    Cette édition 2026 du BIFFF s’ouvrira pour moi   avec le visionnage du film The Turkish Coffee Table, du réalisateur turc Can Evrenol à la carrière visiblement déjà bien remplie et que je découvre ici pour la première fois au travers de sa réinterprétation de La Mesita Del Comedor (2022, Caye Casas), ou The Coffee Table, dans la langue de Shakespeare. Car oui, il est important de noter ici qu’il s’agit d’un remake ! Après seulement quatre années, Can Evrenol décide de nous livrer sa propre interprétation de ce drame horrifique s’inscrivant dans une certaine lignée de films de genre bien spécifique : celui du torture porn psychologique. Alors, pari réussi ?

    Il m’est impossible de vous résumer le scénario de ces deux films tant ceux-ci peuvent gâcher l’expérience du visionnage. Je me contenterai simplement de vous planter le décor. Nous suivons les aventures d’un couple qui vient fraîchement de devenir parents. Tout semble aller pour le mieux — du moins, en apparence — un jour, nos amoureux se rendent dans un magasin de meubles afin d’acheter la table basse qui ornera le salon. Monsieur l’adore, madame la déteste. Lui va insister lourdement afin de faire valoir son choix. Un choix qu’il va rapidement regretter.

    Je dois avouer que j’étais dubitatif au moment d’aller voir The Turkish Coffee Table, et je ne voyais pas vraiment l’intérêt de faire le remake d’un film d’à peine quatre ans. Et pourtant… La différence de ton est radicale et complètement à propos. En effet, si l’on est attentif aux sous-catégories de la première version filmique du scénario, signée Caye Casas, on remarque que le film se situe dans la catégorie « comédie horrifique », et je dois bien avouer que cela m’a toujours surpris. Il y a bien un côté pince-sans-rire bienvenu qui vient à plusieurs moments soulager légèrement la narration, mais cela reste très timide. L’ambiance est glaciale, les acteur•ice•s sont dans un jeu naturaliste et la colorimétrie et les lumières du film nous plongent dans une ambiance sombre et propice à l’angoisse.

    Ici, c’est tout l’inverse. Le côté grand-guignolesque de la situation, faisant tout le sel du scénario, est ici mis à profit. Les couleurs ne sont plus sombres mais saturées. Il y a une impression de couleurs vives qui nous embarque ailleurs, à l’opposé de la volonté de son prédécesseur de nous enfermer avec ce couple dans l’appartement où se passe le plus clair de l’action du film. Ce sentiment est renforcé par certaines répliques dans les cinq dernières minutes du film (que je vous laisse le plaisir de découvrir), mais surtout par son traitement, son irrévérence assumée et les projections mentales de notre protagoniste principal, qui permettent quelques incursions de folie bienvenues, donnant au métrage un sentiment plus digeste dans son ton. Là où le premier film se permettait différents espaces-temps, celui-ci fait le choix du huis clos, plus radical et permettant à d’autres situations d’exister. Ce qui fait de cette table basse turque un film bien plus recommandable que son homologue espagnol auprès de vos amis ! Me concernant, j’ai une préférence pour la version originale, mais ce remake turc a tout à fait sa place dans le paysage audiovisuel, car il a compris que pour faire un remake, il faut une vision, un ton, quelque chose de neuf à apporter au matériau d’origine et franchement — c’est bougrement bien fait. Nicolas Vanderstraeten

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX: un loup gris.

    Back to the Past : mauvaise con-science

    Le temps ne fait rien à l’affaire. Quand on est con, on est con! Nous chantait très justements ce bon vieux Georges. Et force est de constater que Back to the Past nous prend vraiment pour des cons. Si si je vous le jure ! Noooooon ce n’est pas de la paranoïa due au manque de sommeil et à l’enchaînement de films sur des sociopathes professionnels. Encore moins de la responsabilité d’un véritable sociopathe à la tête de la première puissance mondiale et qui s’apprête à faire sauter la planète. Mais je vous le dis, Jack Lai et Yuen Fai Ng, les deux réalisteurs de Back to the Past, nous prennent pour des cons. Déjà parce qu’on nous pitche une histoire sans aucun sens d’un gars qui veut revenir dans la Chine impériale pour prendre la place du premier Empereur et changer l’histoire afin de prouver qu’on peut le faire. Mais ça à la limite, on a l’habitude. Même si notre ami Ken, qui va essayer de foutre le bordel dans le passé, aurait dû voir plus de films de voyage dans le temps. La morale, c’est toujours qu’on n’arrive jamais à modifier le passé. Surtout quand on est méchant. Et c’est là le noeud du problème, la raison de ma colère.

    Dans Back to the Past, les méchants sont méchants, les gentils sont gentils, les méchants font des trucs de méchants, les gentils font des trucs de gentils, boum boum boum, kung-fu kung-fu kung-fu, ooooooh non ils l’ont tué, mais non il est pas mort, oh c’était pas l’empereur, c’était Long, mais pourquoi est-il si méchant ?, ah ben c’est bon tout finit bien ils ont pas réussi à modifier le passé, fin. J’exagère à peine.

    On a affaire à une réalisation qui nous pousse à mettre notre cerveau en off mais de la mauvaise manière. Le côté caricatural du scénario et les interprétations agaçantes au possible nous poussent à ne rien intellectualiser et même à nous dissocier mais ce n’est pas pour autant que la partie consciente que nous gardons et qui voit le fim passe un bon moment. Non non, elle se fait chier. Demandez à Julie qui se trouvait à côté de moi ce qu’elle en pense. Elle a failli faire dodo.

    En vrai, Back to the Past c’est le genre de film venu de Chine comme on en voit des centaines au BIFFF. C’est du grand spectacle, il y a un gros budget mais il est aussi bien utilisé que le budget de la santé aux Etats-Unis. Et je vous le dis, à l’aube de l’apocalypse nucléaire, si c’était le dernier film que j’avais vu avant de crever, j’aurais eu la haine. O.Eg.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX: un koala, l’animal le plus débile de la planète (mis à part les humains bien sûr).

    100 nights of Hero : Not all men…but …

    Jour 5 du BIFFF. À ce stade, votre humble chroniqueuse va voir des films sans en connaître le nom, l’histoire ou le but ; elle suit juste, tel le zombie qu’elle est devenue. Heureuse de le faire, en plus ! Elle entre dans la salle, toutes dents dehors, voyant les lumières du paradis l’accueillir… pour en sortir 1h30 plus tard les dents serrées, les cheveux mélangés et les muscles tendus.

    Cette fois-ci, votre chroniqueuse a été ramenée dans les tréfonds flottants de son imaginaire. Elle a vécu un rêve éveillé pendant 1h30, avec la sensation que ce film a été écrit pour elle.

    Dans un monde créé par une divinité du nom de Kiddo, mais contrôlé par Birdsman, les femmes n’existent que pour être les créatures parfaites de ce dernier et de ses disciples. (BIRDSMAN EST UN HOMME. SES DISCIPLES SONT DES HOMMES.)

    C’est dans ce contexte que vit Cherry, mariée à Je-sais-plus-son-nom. Ils doivent concevoir un enfant. Cherry a pour domestique Hero, qui est aussi sa meilleure amie. De son côté, Je-ne-sais-plus-son-nom a lui aussi un meilleur ami : un lord déchu qui débarque une nuit, larmoyant. Après une discussion bien mâles pourris-gâtés, ils lancent un pari : Je-ne-sais-plus-son-nom part en voyage et laisse Cherry avec le Lord, qui aura 100 nuits pour la séduire.

    Cherry, méfiante par instinct, flaire le piège. Avec l’aide de Hero, elle va repousser chaque occasion de se retrouver seule avec le prédateur. Pour y parvenir, Hero utilisera une technique infaillible : raconter une histoire.

    Pour l’occasion, nous avons interviewé notre guest chroniqueuse, Julie, pour papoter un peu et avoir son retour :

    • Coucou Ju’ ! Alors, t’as pensé quoi du film ?

    « Incroyable ! Un très beau film ! »

    • T’as préféré quoi dans le film, Ju’ ?

    « Quand les gars vont se faire foutre. »

    • Est-ce que tu conseilles le film, Ju’ ?

    « Absolument. Tout le monde doit le voir. Les femmes, les gars, les zombies… et je pense que Loïc devrait le revoir. Il l’a tellement adoré la première fois. »

    Merci pour ton input, Ju’ ! O.Ek.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX: Les Frères Masqués. Pour les empailler.

    Nicolas Vanderstraeten, Olivier Eggermont et Orlyna Ekila

    Olivier Eggermont
    Olivier Eggermont
    Journaliste du Suricate Magazine

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