[BIFFF 2021 online : Jour 8] Cyst 2 : voyage au pays des marxcystes

Honeydew : dribble scénaristique de haut vol

Un couple qui part en voiture et se retrouve dans l’Amérique profonde complètement perdu ? Original. Ils se font mettre dehors de leur camping par le redneck local ? Ben voyons. Ils atterrissent chez une grand-mère hyper chelou qui les invite à dormir chez elle ? Oui oui, je sais, je décris le pitch de base de la moitié des slashers horrifiques.

De Massacre à la Tronçonneuse à Détour Mortel, c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures crimes et Devereux Milburn l’a bien compris avec Honeydew. Vous connaissez la vidéo du glacier turc qui fait toujours échapper le cornet au client en le prenant avec un autre cornet ? Eh bien Honeydew c’est un peu ça. Un thriller horrifique à l’ambiance pesante, lourde et stressante mais qui arrive à chaque fois à éviter les clichés du genre dans lesquels on s’attend qu’il tombe.

Très clairement, Honeydew pourrait constituer un film charnière dans un style qui s’essouffle ces dernières années (qui a dit décennies ?). Porté par un Sawyer Spielberg (oui oui, le fils de l’homme qui a violé Indiana Jones) dont on ne sait pas si c’est lui ou son personnage qui est insipide et par une Malin Barr beaucoup moins banale, le film impressionne. De par son approche déjà mais aussi grâce à tout ce qui est construit autour. Et dire que Honeydew n’est que la première réalisation de Devereaux Milburn !  « We will watch your career with great interest », comme disait l’autre.

The Closet : Cleanin out my closet

I’m sorry papa. I never meant to hurt you. I never meant to make you cry. But tonight. I’m cleanin’ out my closet. C’est ce qu’aurait pu chanter la fille de Sang-Won après avoir disparu dans ledit placard. Plus d’un mois plus tard, tout le monde attend toujours qu’elle sorte du placard comme Matt Pokora (tu ne trompes personne Matt…). Mais la petite Yi-Na n’a pas forcément envie de se taper les colonies de vacances prévues par son père et du coup, ce dernier va devoir faire appel à l’exorciste local pour aller chercher sa petite fille prisonnière d’un esprit vengeur.

À bien des égards, The Closet se présente comme un film un peu fourre-tout entre The Ring, Silent Hill et Insidious avec des airs d’épopée horrifique principalement incarnés par le personnage de l’exorciste jeune et beau gosse. Mais le film de Kwang-Bin Kim est surtout une belle réussite qui prouve que le cinéma coréen peut également aller chasser sur les terres des Japonais et produire des films tout aussi qualitatifs que les leurs voire meilleurs. Bien cadencé et porté par des acteurs de qualité (mention spéciale à la petite fille démon qui joue superbement son rôle), The Closet n’invente rien mais utilise à la perfection les codes des différents genres qu’il approche pour notre plus grand bonheur.

Superdeep : Cyst 2 : voyage au pays des marxcystes

Tyler Russell, le réalisateur de Cyst, nous l’avait annoncé en exclusivité lors de notre entretien avec lui : il est chaud pour donner une suite à Cyst. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est de se faire doubler par le pays de Poutine. Après les emails de Hillary Clinton et les vidéos du meurtre d’Epstein par l’oligarchie théologique américaine menée par les organisateurs du BIFFF, Cyst était sans conteste dans le top des priorités d’espionnage industriel pour les Russes. Et les voilà qui nous pondent un Cyst 2 : Voyage au Pays des Marxcystes dont le titre original aura été écourté en Superdeep. Après avoir commis des atrocités dans les années 60, le kyste géant a été envoyé à des kilomètres sous terre pour protéger l’humanité. C’était sans compter sur nos amis amateurs de vodka qui vont creuser si bas qu’ils vont le trouver et déclencher sa fureur. Encore un peu plus bas, ils auraient pu trouver le scénario de leur film.

Dotés de moyens nettement plus considérables que le premier volet, ce Cyst 2 tranche néanmoins avec l’amateurisme efficace et bourré d’humour qui avait fait le succès du premier volet. Tel un remake américain d’une franchise asiatique, on a perdu toute la qualité pour laisser du boum-boum et des gros effets spéciaux. Et ça ne passe clairement pas. En clair, Superdeep réussit l’exploit de faire passer un concept quelque peu novateur pour un élément cliché et déjà-vu. Le jeu d’acteur n’est clairement pas à la hauteur (et le doublage anglais du film n’aide pas), la tension qui se veut omniprésente ne prend jamais vraiment et le film d’Arseny Sukhin se présente au final comme un brouillon très peu inspiré. Dommage. Il ne nous reste plus qu’à attendre la future comédie musicale produite à Broadway : Cyst 3 : Cyster Act.

Ropes : Elena vs les portes

Tétraplégique suite à un accident de voiture, la pauvre Elena doit en plus subir un père indigne qui l’empêche de se suicider en paix et veut l’aider avec son amour et son soutien. Quel salaud. Heureusement, tout s’arrange très vite pour elle puisque son papa ne tarde pas à décéder d’une crise cardiaque et laisse enfin Elena tranquille. Enfin, c’était sans compter sur Athos, le berger malinois que son père (toujours ce monstre) avait acheté pour aider Elena. Mordu par une chauve-souris, il ne se transformera pas en bat-dog comme beaucoup l’espèrent mais tentera au contraire de faire d’Elena son prochain repas. Qui a dit que les chiens ne mangeaient pas de légumes ?

Ropes se présente comme un bon vieux huis-clos lent mais efficace grâce à un scénario bien rôdé et à des performances humaines et animales (surtout) irréprochables. On ne va pas vous mentir, on était clairement dans la team chien pendant tout le film. Malgré quelques lenteurs, Ropes arrive à nous présenter un rendu très bien calibré. On ne s’ennuie jamais très longtemps même si on reste avec l’impression tenace que le concept aurait encore plus être exploité plus efficacement.

A propos Olivier Eggermont 87 Articles
Journaliste du Suricate Magazine