[BIFFF 2021 online : Jour 12] Calembours du BIFFF

A Divisão : Ripouninho dou Brasil

On connaît plus le Brésil pour ses plages, ses brigadeiros et sa défaite en quart de finale de la Coupe du Monde face à la Belgique. Pourtant, certains aspects de la culture auriverde restent plus méconnus. Comme par exemple le kidnapping endémique qu’a connu le pays durant les années 90. Bizarrement, c’est ce dernier élément qui a attiré l’attention de Vicente Amorim au moment de faire A Divisão. Alors que nous un film sur Belgique-Brésil avec l’arrêt de Courtois sur Neymar en point d’orgue ça nous allait parfaitement bien aussi.

A Divisão nous plonge donc directement dans le monde violent des gangs spécialisés dans le kidnapping. Des gangs qui ont du soucis à se faire puisque le nouveau patron de la division anti-enlèvement locale, Mendonça, est plus connu pour son ratio de criminels abattus que pour ses cocadas. Il parait même que le bougre est aussi incorruptible que l’arbre généalogique de Christine Boutin. Sombre, violent et saccadé, le film de Vicente Amorim nous emmène directement dans un monde sans foi ni loi en laissant à peine entrer quelques lueurs d’espoir. Tourné avec un filtre « vous êtes dans un film qui a peu de chance de bien se terminer » sur la caméra, le rendu des couleurs participe à cette ambiance moite tout comme la transpiration abondante de tous les acteurs. A Divisão surfe sur tout ce qui fait un film d’action sombre efficace mais sans forcément y apporter de supplément d’âme. Un film à réserver aux amateurs du genre.

Seobok : clonique de l’humanité

Disponible sur la plateforme du BIFFF quelques heures seulement après sa sortie en Corée, Seobok retrace le parcours d’un spécimen de clone humain génétiquement modifié de manière à pouvoir donner aux humains la clé de la vie éternelle. Rien que ça.  Alors on se dit naturellement que des découvertes comme celle-ci vont mettre tout le monde d’accord. C’était sans compter sur les États-Unis qui viennent foutre le bordel dans tout ça (encore un coup de l’administration Trump). Fait notable : dans ce blockbuster made in Corée du Sud, ce sont bien nos amis ricains qui sont les méchants de l’histoire. Et pour une fois, on est donc plus proche de la réalité objective que de la réalité hollywoodienne.

Seobok s’empare d’un sujet éminemment explosif pour nous fournir un film intelligent, passionnant et nuancé. Loin des clichés du genre que l’on retrouve trop souvent dans les productions américaines (on en revient toujours à eux), le film de Yon-joo Lee arrive à créer un divertissement de qualité mais aussi à éveiller un débat de manière sensée et profonde. Une véritable réussite qui pose surtout une question fondamentale : Si nous devions avoir accès à la vie éternelle, qui devrait en profiter en priorité ? Et pourquoi Morgan Freeman ?

The Guest Room : Œdipe Impact

Alors que Stella tente de se suicider en paix, elle est interrompue par un malotru qui prétend lui avoir réservé une chambre. L’impolitesse des gens, je vous jure. Mais cette visite impromptue va vite dégénérer en huis-clos sordide sur fond de voyage dans le temps. Un huis-clos de science-fiction italien c’est un peu comme croiser un Insécateur dans le Parc Safari : c’est inattendu et très tentant. Pour au final le voir se barrer alors que tu as déjà utilisé 5 Safari Balls sur lui. Traumatisme d’enfance. Des traumatismes qui sont aussi traités dans The Guest Room (cette transition de dingue). Le film de Stefano Lodovichi nous traite comme une femme (ou un homme, on est inclusif au Suricate) que l’on emmène danser. Il nous prend délicatement par la taille d’abord avant de nous mener avec de plus en plus d’assurance et de nous faire voltiger au final au rythme de ses rebondissements.

Une réalisation pleine de promesses dont la plupart sont bien tenues sans pour autant nous offrir un spectacle inoubliable.

Shadows : Ré-Mi-Fa-Sol-La-Si-Do

Je vais être tout à fait honnête avec vous : j’ai beaucoup de mal à savoir ce que je vais pouvoir écrire sur Shadows. Comme Kaaris sans Booba, l’inspiration me fuit. Car Shadows, c’est le genre de film que l’on voit mais qu’on aura immanquablement oublié dans un ou deux ans (ou mois). Faites le test, demandez-moi l’an prochain au BIFFF 2022 (en live Inch’Allah) ce que j’avais pensé de ce film et il y a de grandes chances que je vous réponde « Je ne vois pas de quoi vous parlez mais sortez de mes toilettes s’il vous plait ». Parce que Shadows est le type de film que l’on oublie vite. Ce n’est pas un mauvais film, loin de là. Le scénario se tient plutôt pas mal et l’ambiance est bien tenue. Un peu comme si Seven avait eu un enfant avec Inception le tout à Honk Kong. Vous voyez le topo ? Malgré cela, on n’arrive pas vraiment à s’attacher aux personnages, l’histoire est bien écrite sans être mémorable et il en est de même pour le jeu d’acteur. La définition même du film passable mais pas mémorable.

The Barcelona Vampiress : quel talent ces catalans !

Mettre le mot « Vampire » dans le titre de son film et ne pas faire un film de vampire, ça devrait être interdit. Comme le chocolat blanc, la maltraitance animale ou le beurre avec la confiture. Vous comprenez donc bien que quand j’ai réalisé qu’il n’y aurait pas de suceurs de sang (ou même d’éléments surnaturels) dans ce Barcelona Vampiress, ma déception était palpable. On peut même parler de sentiment de trahison, je n’ai pas peur de le dire. Mais cette amertume n’était heureusement que passagère car le film de Lluís Danés allait bien vite la remplacer par un goût beaucoup plus doux : celui de l’inattendu. Conçue comme un mystère palpitant, l’histoire nous fait voyager dans la légende derrière les faits divers de la vampiresse de Barcelone. Pour ceux qui l’ignorent, cette vampiresse, Enriqueta Martí de son vrai nom, est soupçonnée d’avoir été une des plus grandes serial killer d’Espagne et de surcroit la Jeffrey Epstein locale en fournissant des enfants à des clients pédophiles dans les bordels catalans.

Avec son usage consommé mais exquis des transitions entre images en noir et blanc et couleurs et son visuel soigné toujours entre rêve et réalité, le film nous emmène dans son monde fantasmagorique. Un monde dans lequel la réalité n’est pas ce qu’elle paraît, où le bien et le mal se confondent et où les certitudes s’effilochent. Ce Barcelona Vampiress nous livre une réécriture des possibles tout en expressionisme et en noirceur. Si le film est parfois contemplatif, il ne le reste jamais longtemps. Une œuvre atypique mais forte et entière.

A propos Olivier Eggermont 87 Articles
Journaliste du Suricate Magazine