11407 vues : trop sage pour être partagé

Scénario : Vincent Brunner
Dessin : Claire de Gastold
Editeur : Casterman
Sortie : 20 janvier 2021
Genre : Vie quotidienne

11407 vues – un seul regard à la couverture – un selfie regroupant des ados, des couleurs criardes et un titre rappelant la culture des réseaux sociaux – a vite fait de nous faire comprendre de quoi parlait l’ouvrage. Pas de surprise. Aissa, Fodé, Mael ou encore Killian sont des lycéens qui se cherchent dans des domaines certes différents – certains rêvent de percer sur YouTube, tandis que d’autres se retrouvent dans le militantisme écologique – mais tous ont ce même point commun de faire partie d’une génération connectée. Divisée en deux parties, comme deux histoires indépendantes qui se font écho, la bande dessinée raconte d’abord la création d’un site regroupant les photos de jeunes filles aux toilettes, publiées à leur insu, et ensuite la percée de deux garçons qui rêvaient de devenir les futurs Bigflo et Oli. Pas de surprise, on avait dit. Mais narrativement il y a de l’idée puisque l’ouvrage est encore subdivisé en de plus petites parties qui prennent à chaque fois le point de vue d’un personnage, permettant au lecteur d’avancer dans l’histoire tout en adoptant dessus un nouveau regard.

Beaucoup de clichés

On ne peut nier l’effort qui a été fait sur la diversité – les personnages ont des envies et des réalités différentes – mais, malgré la pluralité des profils, la place attribuée à l’adolescent dans l’ouvrage reste très clichée – c’est l’image véhiculée par les médias et les adultes de manière générale. Certes, c’est une génération qui est connectée et engagée mais on ne peut résumer toute une tranche d’âge à ces seules caractéristiques. Aucun effort par exemple n’a été fait pour coller aux tendances vestimentaires actuelles, or on sait que la mode représente un signe d’appartenance fort à cet âge-là. Les dialogues très sages, quelques « mec » par-ci par-là – nous conforte un peu plus dans l’idée que la bande dessinée a bien été écrite par des darons.

Un traitement graphique adapté

Si, à de nombreux égards il y a des lacunes dans l’écriture de l’adolescence, on doit bien reconnaître que dans son dessin, Claire De Gastold parvient à trouver les attitudes justes qui collent aux personnages et à leur âge. Malgré tout, le traitement graphique, certes efficace et adapté – qui dans le trait rappelle un peu celui des Tom-Tom et Nana – manque de charme et de fantaisie.

Ce n’est pas sur Instagram que la bande dessinée fut publiée pour la première fois mais bien dans Topo, une revue atypique – sorte de Charlie hebdo pour les moins de vingt ans, adaptant l’actualité à son public avec humour et modernité. Et c’est en 2021, soit deux ans plus tard, que les auteurs décident d’en faire un album qui, à notre avis, plaira avant tout aux très jeunes adolescents et aux adultes qui cherchent à comprendre leurs enfants tout en conservant l’image qu’ils s’en font déjà. 11407 vues donne certaines clés de compréhension mais reste, en effet, très sage tant sur le fond que sur la forme.

A propos Cheyenne Quévy 89 Articles
Journaliste du Suricate Magazine