Stalker, au cœur de la zone et de l’humain

Stalker

d’Andreï Tarkovski

Drame, science-fiction

Avec Alexandre Kaidanovski, Nikolai Grinko, Alisa Freindlich, Anatoly Solonitsyn

Sorti le 1er août 2018

Alors que 2001 : L’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick est ressorti récemment dans une nouvelle copie, il n’est pas anodin de constater la ressortie par le distributeur Lumière d’un autre chef d’œuvre de la science-fiction, d’un autre film-total, film-monde, à savoir le Stalker de Tarkovski. Ces deux films bénéficiant de versions restaurées et par la même occasion d’une nouvelle visibilité en salle, sur un grand écran, sont l’un et l’autre des expériences sensorielles et métaphysiques sans pareil. L’opportunité qui nous est ici donnée de voir Stalker dans des conditions optimales, propices à la concentration et à la méditation, est assurément à saisir au bond.

Dans une nation et une époque indéterminées, il existe une zone délimitée et interdite, à laquelle la chute d’une météorite aurait conféré une puissance plus ou moins magique. Il s’agit d’un lieu sur lequel les visiteurs projetteraient leurs aspirations et leur âme, et au sein duquel se trouverait une chambre secrète à même d’exaucer les vœux des hommes qui y entrent. Pour pénétrer dans cette fameuse zone, il faut être accompagné d’un « stalker », une sorte de passeur porteur d’une forme de pureté intrinsèque, de foi inébranlable. Alors que l’un de ces « stalkers » emmène deux hommes, l’un représentant les lettres, l’autre la science, il éprouve des difficultés à canaliser ces deux voyageurs, dont les motivations se révèlent au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent dans la zone.

Il est évidemment difficile de résumer un tel film et l’expérience que peut constituer sa vision – a fortiori en salle. Le cinéma de Tarkovski peut être vu et appréhendé à travers des prismes différents, celui de la métaphysique donc, du travail de méditation et de réflexion philosophique auquel peut conduire les images, celui de la métaphore socio-politique, de l’allégorie anticipative – principalement concernant Stalker ou Solaris – ou encore par le biais d’une lecture autobiographique de l’auteur. Ce travail analytique est cependant postérieur à ce qui constitue probablement le cœur de ses films, l’expérience en elle-même, celle qui mène au reste, à la réflexion. La vision de Stalker ou de n’importe quel film de Tarkovski est en soi l’ouverture simultanée d’une quantité infinie de voies de réflexion et d’interprétation, des voies que seul le spectateur peut emprunter et arpenter à sa guise, selon ses propres repères, à sa propre allure.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine