Je ne suis pas un monstre de Maryline Gautier

auteur : Maryline Gautier
édition : La Différence
sortie : avril 2017
genre : roman

La vie de Mathieu Grimaud, étudiant en économie, est partagée entre deux femmes. La première est sa mère, Mathilde Grimaud, ancienne ministre et actuellement présidente d’une importante et florissante entreprise.  La seconde est l’assistante de Mathilde, Irène, une vieille fille dévouée à la famille.  Jour après jour, Mathieu sent l’ombre charismatique de sa mère planer au-dessus de lui de façon de plus en plus oppressante.  Mathilde, femme brillante et déterminée, a toujours tout réussi et attend de son fils un parcours tout aussi remarquable.  Hélas pour elle, le jeune homme est loin d’y arriver.  Timide, solitaire et peureux, il essaie tant bien que mal de satisfaire ses attentes, en vain.  Seule Irène, véritable pont entre la mère et le fils manifeste un peu de douceur et de réelle attention à l’égard de Mathieu.  Lorsqu’Olivier fait irruption dans ce triste jeu de quilles, tout se trouve chamboulé.  Dès lors, les cartes vont être redistribuées et chacun va dévoiler sa part d’ombre…

En entamant ce livre, vous aurez une véritable réussite littéraire entre les mains! Le point fort de Je ne suis pas un monstre réside avant tout dans la complexité de la relation parent-enfant qui est finement analysée dans ce trio atypique.  En effet, l’absence du père est compensée par une mère aussi dure que du silex tant au niveau des affaires que dans sa vie de maman.  La figure maternelle étant plutôt représentée par Irène, aussi brave et fidèle qu’un gentil toutou.  Mais cet ersatz de mère aimante ne suffit pas à Mathieu pour s’épanouir pleinement.  La crainte que lui inspire sa mère a tant dénaturé son sens des valeurs qu’il lui ment sans cesse pour tenter de la contenter et de garder la tête haute.  Alors qu’elle attend de lui qu’il devienne Arnaud Lagardère, lui, préfère les puzzles, la poésie et les garçons.  L’équilibre familial déjà bien frêle ne va donc pas perdurer bien longtemps, constat de plus en plus palpable au fil des pages.  C’est là tout l’enjeu fascinant de l’histoire.

Au fur et à mesure de la lecture, le rythme s’accélère et ce, jusqu’à la dernière page. Les visages changent et l’on observe comment un schéma bien ancré peut tout à coup être bouleversé par un élément perturbateur, incarné ici par le séduisant directeur de la communication d’Apophis, l’entreprise de Mathilde.  En somme, le premier homme qui fasse involontairement bouger les choses au sein de la famille Grimaud, les messieurs ayant la rude tâche de se faire une petite place aux côtés de la Reine Mathilde.

Et pourtant, mère et fils partagent une chose : une profonde solitude. Mathilde et sa soif de réussite (son fils se prénommant presque à l’identique, faut-il y voir une volonté de prolonger le succès maternel?) qui l’éloigne de toute vie sociale et de gaité ; Mathieu tellement mal dans sa peau qu’il parvient difficilement à faire durer une relation au-delà de la fellation ; et même cette pauvre Irène, que l’on imagine aussi bandante qu’un phasme, qui a négligé sa vie privée pour se consacrer corps et âme à l’empire Grimaud.

Ne passons pas à côté d’un autre atout de taille dans ce récit, le style. Simple mais efficace.  Maryline Gautier évite les lourdes descriptions et les phrases alambiquées pour permettre une écriture fluide qui dépeint notamment l’ambiance délétère qui règne au sein du luxueux appartement parisien des Grimaud, grande bâtisse parcourue par trois âmes perturbées et de temps en temps, par des subordonnés d’Apophis, armés de leur faciès figés lors des fêtes d’anniversaire.  On s’y croirait.

Bref, Je ne suis pas un monstre est un excellent ouvrage à mettre entre toutes les petites mimines, qui sera lu d’une seule traite avide, c’est garanti. La guerre des « Math » a commencé.  Que le meilleur gagne…

Emmanuelle Lorriaux
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Journaliste