Grand froid, glacial navet

Grand froid

de Gérard Pautonnier

Comédie dramatique

Avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet

Sorti le 30 août 2017

Le moral est au plus bas dans la petite entreprise de pompes funèbres d’Edward Zweck : pas le moindre petit orteil de cadavre à se mettre sous la dent. Alors que l’hiver bat son plein, Zweck et ses deux employés, Georges et Eddy, sont à l’affut de tout accident de la route ou autre glissade malheureuse afin de faire refleurir le commerce. Aussi, quand un mort daigne enfin pointer le bout de son nez, les pauvres croque-morts sont prêts à satisfaire n’importe quel caprice de la famille du défunt, y compris transporter celui-ci jusqu’à un cimetière perdu au milieu de nulle part, par des routes gelées et sans GPS. Mais quand la procession se perd au milieu du grand froid, là où ni âme qui vive ni réseau téléphonique ne semble être de la partie, cette histoire de survie économique devient une histoire de survie tout court.

Avec un tel « pitch », on est presque en droit d’attendre une sorte de Fargo « à la française », avec cadavres, humour noir et décors neigeux en bandoulière. Malheureusement, le Grand froid de Gérard Pautonnier ressemble plus à un mauvais téléfilm ou à du théâtre filmé qu’à tout ce qui touche de près ou de loin au film des frères Coen ou à sa série dérivée.

De ces vastes étendues neigeuses filmées en mode « paysager », il ne transperce aucune espèce de poésie ou même d’ambiance ne serait-ce qu’un tout petit peu intrigante, tout juste un ennui profond de chaque instant. Si l’on a donc très vite compris que l’on ne se trouve en aucun cas devant un film de mise en scène, on espère au moins se consoler avec des dialogues à haut potentiel caustique, au vu des situations mises en place et du passif de certains acteurs (Bacri ou encore Phillipe Duquesne, ex-Deschiens), mais la banalité de ceux-ci et leur écriture affligeante ont vite fait de nous faire déchanter à leur tour. Reste enfin ces fameux acteurs, attendus comme le messie pour sauver du naufrage une ambulance sur laquelle on se voit pourtant mal tirer ; mais là encore, point de salut, ni en la personne de Jean-Pierre Bacri, tout en grimaces et en moumoute, ni en celle d’Olivier Gourmet, traversant le film comme un fantôme cachetonneur, et encore moins du côté des quelques autres acteurs belges venus opportunément profiter de cette petite coproduction de derrière les fagots pour arrondir leurs fins de mois.

Mais, alors qu’il ne l’attendait plus, le spectateur pas encore parti ni endormi se voit – aux deux tiers du pénible parcours – réserver une petite surprise du chef, un rebondissement qui pourrait rebattre les cartes du film et le faire basculer dans le fantastique ou la fable métaphysique. Mais – encore raté – il ne le fera basculer que du côté des pires vaudevilles basés sur des prémisses douteuses. Décidément, il n’y a vraiment rien à sauver dans cette sinistre pantalonnade aussi terne que ses personnages de croque-morts dépressifs.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine