La Noyade pour les débutants de Ruth Hogan

auteur : Ruth Hogan
édition : Actes Sud
sortie : mai 2018
genre : roman

Pour son deuxième roman, Ruth Hogan (Le Gardien des choses perdues) explore le chemin douloureux de ceux qui ont perdu un être cher. Malgré le sujet dramatique qui s’esquisse en toile de fond, elle livre une histoire émouvante et amusante autour des bienfaits de l’amitié pour retrouver l’apaisement.

Tous les matins, Masha se rend à la piscine de son quartier. Elle s’exerce à la noyade sans jamais y parvenir. Cela fait douze ans que son fils Gabriel est mort. Par sa faute. Elle se sent coupable de sa disparition, se torture du mieux qu’elle peut et, par la force des choses, emporte ses proches dans son sillage. « Mon chagrin est l’aimant qui ramène tout le monde en arrière. »

Incapable de surmonter sa douleur, Masha aime se réfugier dans le cimetière victorien local. Dans ce lieu insolite, elle invente des vies aux anonymes en observant leur sépulture. Elle se confie régulièrement à sa nouvelle famille d’adoption, ses poupées à soucis, avec qui elle partage ses pensées les plus intimes sans crainte d’être jugée. Par bonheur, différentes rencontres vont finir par éclairer sa route et l’emmener tout doucement vers le chemin de la vie.

A première vue, on peine à croire que le nouveau roman de Ruth Hogan cultive un esprit feel-good tant la thématique principale tourne autour de la question de la mort. Et pourtant, le récit de Ruth Logan est teinté d’humour anglais tout en traitant de la résilience et de la complexité des âmes humaines avec beaucoup de sensibilité et d’humanité. Avec son grand chien, son manuel de savoir-vivre de Lady Troubridge et ses drôles d’amis, Masha l’héroïne très british est très attachante. Si elle ne manque pas de se référer à la mort de son fils à la moindre occasion dans la première partie du roman, elle possède un sens saisissant du détail et parvient à narrer avec acuité son quotidien.

On peut cependant regretter le recours aux longues descriptions quand Masha réinvente la vie des morts lors de ses pérégrinations dans le cimetière. S’ajoutent également au récit, sans qu’on y décèle des liens quelconques avec Masha, les vies d’Alice et de Mattie. Mais peu à peu, La Noyade pour les débutants gagne en intensité et dévoile ses secrets. Et malgré une fin improbable, on se retrouve emporté dans cette histoire pleine de bons sentiments grâce à sa ribambelle de personnages attachants.

Marie-Laure Soetaert
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Journaliste du Suricate Magazine