La Belle et la Meute, une nuit dans la gueule du loup

La Belle et la Meute

de Kaouther Ben Hania

Policier, Drame 

Avec  Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda

Sorti le 10 janvier 2018

Lors d’une soirée étudiante, Mariam fait la connaissance de Youssef. Afin d’être plus tranquilles, tous deux décident de s’éloigner d’aller faire un tour sur la plage. Contrôlés par des policiers, Mariam et Youssef sont obligés de se séparer. Quelques heures plus tard, La jeune fille est retrouvée seule, hagarde est désorientée. Victime d’un viol, elle entame un long combat pour la reconnaissance de ses droits et la reconquête de sa dignité. Librement adapté du livre de Meriem Ben Mohamed (pseudonyme) Coupable d’avoir été violée, La Belle et la Meute retrace le récit d’un fait divers qui a secoué la Tunisie en 2012.

Dans ce long métrage, ce qui frappe d’abord, c’est le manque d’empathie général auquel est confronté Mariam. Tant au sein des forces de l’ordre que dans le corps médical, personne ne semble soucieux de prendre sa situation en considération. Des rapports froids où chacun se retranche derrière la loi qui, elle, n’est visiblement pas du côté de la victime. Surréaliste, intolérable, incompréhensible. De cliniques en commissariats, Kaouther Ben Hania entraine le spectateur dans l’envers du décors d’une justice patriarcale et archaïque où tout est fait pour réduire la victime au silence. La réalisatrice réussit à raconter comment porter plainte peut s’avérer extrêmement difficile. Elle montre le courage d’oser dire et les mécanismes mis en œuvre afin de culpabiliser la victime. Elle raconte surtout la nécessité de se battre même lorsque tout semble perdu d’avance. Les neuf chapitres qui découpent le film, scindent cette longue nuit en autant d’épisodes scandaleux et oppressants. Le recours continu aux plans séquences plonge le spectateur au cœur du réel d’un piège qui se referme inexorablement. Dans ce traquenard où l’homme est un loup pour l’homme, l’intimidation et la corruption ont tous les droits. La photographie aux tons froids et les lumières blafardes ajoutent à ce sentiment d’inconfort. Les personnages sont convaincants et la prestation de la comédienne Mariam Al Ferjani est remarquable. Un petit bémol cependant avec un sentiment de longueur dû à la redondance des situations (mais comment les éviter quand elle sont à la base de l’intrigue ?) et une fin qui laisse un goût de trop peu.

La Belle et la Meute est un film tristement en phase avec l’actualité et qui donne la rage contre la race humaine. Entre dégoût et révolte, il ne laisse pas indifférent et reste en tête longtemps après la fin du générique. A l’heure des affaires Weinstein et consorts, à l’heure où il ne se passe pas un jour sans que soit évoqué le droit des femmes, ce film sonne comme le terrible rappel qu’il y a encore du chemin à faire sur la longue route de l’égalité.

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Thérèse Makumaya
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Journaliste du Suricate Magazine